

La ligne haut de gamme Heritage de la marque suisse Orpheus Lab marque un pas décisif vers la perfection musicale, pour une immersion toujours plus transcendante dans la musique. La puissance colossale du H Three M800 ne l’empêche pas de distiller une extrême subtilité, sans renoncer à sa force inépuisable. Phénoménal !
La haute façade de l’Orpheus Lab usinée dans la masse, sans aucune vis apparente, est facilement reconnaissable grâce à sa forme incurvée tel un instrument, où la lyre s’illumine de blanc une fois l’amplificateur en marche. Il faudra de la place pour accueillir les deux blocs monophoniques d’un poids de 56 kg chacun. Ils constituent le dernier ajout à la ligne Heritage, qui se compose également du somptueux préamplificateur H Two 33BD, doté de son alimentation séparée H Five DI, tout comme le lecteur CD/SACD H Zero PS, que nous avons eu la chance d’apprécier en même temps que les blocs M800. Inutile de préciser que cette combinaison atteint des sommets de musicalité, sans conteste parmi l’élite actuelle des transistors.
Au cœur du H Three M800 se trouve un étage d’amplification alimenté par vingt-quatre MOSFETs de puissance, chacun appairé manuellement pour garantir une performance optimale. Ces transistors à effet de champ permettent d’atteindre des pics de courant instantanés allant jusqu’à quarante-cinq ampères. Chaque MOSFET est contrôlé par un étage de commande bipolaire, assurant un contrôle précis tout au long de la chaîne d’amplification. Cette configuration, associée à une topologie de rétroaction multipoint, permet d’ajuster finement la contre-réaction nécessaire pour équilibrer musicalité et performance technique. Le responsable des opérations Tiago Novo précise à ce propos que tous les amplificateurs Orpheus découlent de ce même principe.

Tenant dans un volume de L 44 x H 47 x P 44 cm, l’architecture en classe AB est soutenue par un courant de polarisation de 480 mA, qui fournit une puissance thermique au repos de 96 WPC. Cette conception permet à l’amplificateur de se stabiliser à seulement 15 °C au-dessus de la température ambiante. Ce circuit garantit une polarisation optimale indépendamment des variations de température, alors que la configuration des composants BJT à faible impédance maintient la polarisation constante, même lors de pics de courant élevés.
Le transformateur toroïdal de 2 400 VA alimente une capacité impressionnante de 350 000 µF, garantissant une stabilité de puissance inébranlable. Les fonctionnalités de sécurité garantissent l’absence de courant continu en sortie, un circuit de surveillance de la tension pour protéger les haut-parleurs, et une protection contre les surintensités qui coupe la sortie si un courant de 25 A/pic ou plus persiste pendant plus de 200 ms.
Trois touches sensitives à effleurement commandent la sélection de l’entrée XLR, celle RCA et un Mute qui déconnecte la sortie de l’étage de puissance. Un contacteur permet de choisir si la masse du signal est reliée à la terre, ou découplée de celle-ci (Lifted). La puissance nominale s’établit à 800 W RMS sur 4 ohms, 400 W RMS sur 8 ohms ; le H Three M800 peut même délivrer une puissance crête continue de 2 200 W et même un pic de puissance instantané de 3 600 W. Sa réponse en fréquence s’étend de 5 Hz à 90 kHz (+0 dB, -0,1 dB), assurant une reproduction fidèle à toutes les fréquences.
Ces joyaux ont été écoutés sur un système complet de la gamme Heritage incluant le lecteur CD/SACD H Zero PS et le préamplificateur H Two 33BD, chacun avec leur alimentation séparée H Five DI, reliés aux très belles Lumen White Kyara. Le câblage utilisait les gammes Esprit Eureka G9 et Lumina G9.
Ces éblouissantes électroniques nous font pénétrer dans un monde musical inaccessible à des appareils de rang inférieur. Si les modèles Absolute offrent déjà la signature Orpheus veloutée tant agréable, sans sacrifier la transparence, seuls les M800 atteignent cette classe dans l’expression des nuances sonores, une immense autorité dans le déploiement de la dynamique, et une telle facilité face à toute situation musicale.
Écouter Nathalie Dessay et José Van Dam dans Lakmé de Delibes (Erato) donne forcément des frissons d’émotion, tant le suivi musical est précis, évident, d’un naturel bien supérieur à la majorité des électroniques. La voix sublime de Frank Sinatra en duo avec Carlos Jobim sur « If You Never Come to Me » est si voluptueuse et envoûtante qu’il est difficile de ne pas succomber au ravissement.
Les M800 sont si intègres qu’ils expriment par exemple avec une extrême justesse le timbre du jeune Alfred Deller enregistré en 1955, interprétant les Cantates de Bach, pour mieux restituer le phrasé musical unique de ce haute-contre talentueux, même sur cet enregistrement ancien.

La BO du film La Forêt d’émeraude est un point de repère souvent utilisé par le distributeur pour nous démontrer les aptitudes dynamiques de ses produits, et il est vrai que sur certains passages la puissance du grave est phénoménale, comme les impacts des percussions de grand diamètre, d’une netteté incroyable, sans aucune distorsion ni intermodulation des registres : ce tourbillon sonore foisonnant est réellement envoûtant.
Le sens de la rythmique imperturbable et communicative est ce qui séduit aussi à l’écoute du magnifique album live des Indes Galantes de Rameau par la Symphonie du Marais, où la reprise finale de l’« Air des Sauvages », soutenue par les applaudissements de tout le public, est complètement emballante, résonnant jusque dans l’extrême grave, pour une sensation de direct impressionnante de réalisme. Le chœur d’une présence grandiose et la présence insensée de l’espace sonore achèvent de vous plonger dans un moment rare, dépassant la simple reproduction de sons.
Unissant toutes les facultés indispensables pour imposer leur classe et leur réalisme, les M800 sont remarquables sur des passages d’opéra, comme le très beau Farnace de Vivaldi dirigé par Jordi Savall (Astrée), parfaitement mis en valeur d’ailleurs par l’impressionnant lecteur CD/SACD Orpheus H Zero PS.
C’est un feu d’artifice sonore parfaitement maîtrisé, et l’on ne sait trop qu’admirer, entre la grande classe des timbres, leur aération subtile, la texture fine des cordes, ou le placement des voix dont celle magnifique du ténor Furio Zanasi. Le coro est splendide de profondeur, et l’aria de Berenice est tout aussi exquis grâce à la voix aérienne d’Adriana Fernandez.
Les Orpheus maîtrisent la partition à merveille, mêlant force contrôlée, acuité des nuances, qualité des silences et sens de l’espace tridimensionnel. Ils sont aussi capables d’abandon, comme sur l’inimitable « Lujon » du célèbre Henry Mancini (The Real/RCA), dont la riche orchestration et le romantisme échevelé de la mélodie vous emportent dans un autre espace spatio-temporel : celui de la nostalgie, des sensations exquises et de la beauté.
La notion de rapport qualité/prix est quelque peu incongrue concernant ces merveilles de fabrication suisse, qui comblent toutes les attentes dues à leur rang. Ici et maintenant, le coup de cœur musical agit en synergie avec les enceintes Lumen White, pour accéder aux plus hautes satisfactions musicales qu’il soit possible d’espérer.
Cet accord à l’unisson avec les Kyara abolit les basses considérations matérielles pour nous plonger dans un univers de nuance et de raffinement, animé par la puissance d’un félin prêt à bondir des M800, tout simplement exceptionnels.
Timbre
8
Dynamique
8
Scène sonore
8
Qualité / prix
7
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Télécommande : 1 100 euros
Dimensions (L x H x P) : 440 x 471 x 440 mm
Poids : 56 kg
Puissance RMS : 800 W (4 ohms)
Puissance crête continue : 2 200 W
Réponse en fréquence : 5 Hz – 90 kHz (+0 dB, -0,1 dB)
Rapport signal/bruit : -123 dB
THD+N : < 0,0018 % (@ 800 W)
Facteur d’amortissement : 1 100
Impédance d’entrée : 94 kΩ (XLR), 47 kΩ (RCA)
Entrées : XLR & RCA

