

Chez Accuphase, la montée en gamme est toujours gratifiée de performances musicales supérieures, pour parvenir au sommet : les blocs monophoniques A-300 en pure classe A, qui comptent bien surpasser les A-250 sortis en 2017. Cette classe d’amplification est réservée à l’élite, pour les intégrés E-700, E-800S, les amplificateurs stéréo A-48S, A-80, et enfin les blocs A-300 de « seulement » 125 W sous 8 ohms, mais 250 W (4 ohms), 500 W (2 ohms) et même 1 000 W (1 ohm) ! Comme on le sait, la puissance chiffrée sur le papier ne veut pas dire grand-chose, car seuls comptent en action le courant réel fourni par une alimentation généreuse et le comportement en charge de l’amplificateur. Sur ces paramètres, les A-300 ne craignent pas grand monde, sans jamais se départir de leur classe inimitable, tant visuelle que musicale.
Conçu et développé pour célébrer le 50ème anniversaire d’Accuphase, le A-300 monophonique représente la quintessence du savoir-faire actuel de la marque. Les vingt MOS-FET de puissance push-pull parallèle en classe A par module améliorent les performances de 25 % par rapport aux modèles conventionnels. Mais surtout l’architecture intégralement symétrique, de l’entrée à la sortie, est basée selon le principe d’amplificateur d’instrumentation qui égalise l’impédance d’entrée sur les deux polarités.
La distribution idéale du gain, d’ailleurs ajustable selon 4 positions, commence par un gain élevé à l’entrée (x 12.6), ce qui améliore la suppression du niveau de bruit de 20%. Précédant l’étage de sortie, l’étage d’amplification en tension constitué d’un montage parallèle baptisé MCS+ (Multiple Circuit Summing-up), ici dans une configuration double, réduit théoriquement encore le bruit de fond d’environ 30%, c’est à dire quasiment à néant.

La topologie d’amplification à retour de courant offre d’excellentes caractéristiques de phase dans la plage des hautes fréquences, sans quasiment aucun impact sur la réponse, même lorsque le gain change, ce qui permet de piloter facilement tous les haut-parleurs. La technologie de détection à distance symétrique améliore le facteur d’amortissement en renvoyant la masse en même temps que le signal de sortie sur les borniers du haut-parleur. Avec un Damping Factor supérieur à 1 000 (même 2 000 mesuré), les enceintes sont drivées avec un contrôle total des forces contre-électromotrices afin d’en tirer le meilleur parti. Un circuit de protection sophistiqué met en œuvre des switch MOS-FET sans contact en sortie pour une sécurité totale.
Pour découvrir le haut de gamme prestigieux d’Accuphase, nous avons eu la possibilité unique d’apprécier chez Espace Cinéma non pas seulement une paire de A-300, mais également deux paires en mode bi-amplifié, puis ensuite ponté. Cette abondance d’électroniques de grande classe se justifie-t-elle pleinement à l’écoute ?
Les A-300 se comportent admirablement avec les meilleurs enceintes, même les plus difficiles à piloter, surtout grâce aux 4 blocs monophoniques bridgés.
Le poids de 46 Kg par unité trahit une construction du A-300 ultra solide et massive, autour d’un transformateur torique encapsulé gigantesque, suivi d’une paire de condensateurs chimiques totalisant 100 000 uf ! Détail qui a son importance, la section de puissance est montée sur des circuits imprimés à base de résine fluorocarbone en fibre de verre, aux bien meilleures qualités d’isolation. Mais comment ne pas tomber sous le charme de la finition exceptionnelle, pour ainsi dire unique à Accuphase, dont les fonctions étendues sont magnifiquement présentées dans cet écrin : du grand art !
Nous avons eu l’occasion rare d’écouter deux paires de A-300 dans le vaste Grenier chez Espace Cinéma à Mouroux, reliés aux exceptionnelles Bowers & Wilkins 801 D4 Signature, difficiles à bien driver. En source, le lecteur réseau Rose RS130 était relié en AES-ABU au DAC Accuphase DC-1000, connecté au préampli ligne C-2900, en présence du nouveau lecteur CD DP-770, sur une ligne de câble Siltech Classic Legend 680L.

En stéréo, les qualités de distinction et de subtilité des nuances prodiguées par les Accuphase subjuguent d’emblée, dignes de la délicatesse d’amplificateurs beaucoup moins puissants, sauf que les A-300 délivrent eux un océan de dynamique, ce qui change tout dans la perception d’une scène sonore aux dimensions vraiment réalistes, et à la puissance ressentie. L’harmonie se fait entre une restitution quasi-holographique des 801 D4S, ainsi que leur acuité extrême aux détails, mais la touche Accuphase assure en même temps le délié, la matière, et le velouté des timbres dénués de toute coloration malvenue, se distinguant au contraire par une myriade de nuances, suaves ou corsées selon la partition, qui vous transportent au cœur du plaisir musical, sans intellectualisation ni retenue. Sur la Danse Macabre de Saint-Saëns dirigée par Eiji Oue, l’orchestre de Minnesota expose sa magnificence, sans presque aucune limite dynamique, dans un déploiement très réaliste dont un grave profond et parfaitement lisible. Difficile d’imaginer encore mieux pour la suite…
Et pourtant, irrésistiblement, l’ajout d’une paire de A-300 en mode bi-amplifié passif, c’est à dire deux blocs pour le médium-aigu et deux pour le grave sur le bornier des 801 D4S prévu à cet effet, ne fait que bonifier toutes les qualités déjà présentes, particulièrement sur la percussion des attaques et l’énergie colossale qui se déploie avec un aplomb inébranlable. Le CD de Larry Carlton « Fire Wire » vous fige sur votre siège par la violence des notes dans le grave, et le réalisme de la guitare, dont le médiator mord les cordes avec une attaque inouïe, sans traînage, comme en live ou peu s’en faut. L’enregistrement « Douö » de Bertrand Renaudin à la batterie et Olivier Cahours à la guitare démontre que la puissance instantanée exigée pour s’approcher d’un réalisme crédible est conséquente, et qu’une amplification réservée au grave permet d’aller beaucoup plus loin dans ce registre ; l’impact sidérant du pied de grosse caisse et la dynamique fine sur les cymbales, d’une richesse harmonique somptueuse, prouvent un gain indiscutable. Mais si vous êtes prêts à vous offrir une deuxième paire de A-300, alors tentez le mode bridgé !

Dans cette configuration pontée, l’avantage de la puissance devient évident : les deux blocs monos A-300 fournissent 500 W, donc 4 fois leur puissance, tout en restant intégralement en pure classe A ! La différence sur les 801 est énorme, particulièrement dans le registre grave qui est transfiguré, tout en conservant la finesse inégalable de la pure classe A, mariant harmonieusement délicatesse et puissance phénoménale, de façon rarissime. Aucune contrepartie négative n’est décelée, comme une légère imprécision parfois ressentie dans ce mode, ce qui ne pose aucune question sur la supériorité absolue du montage bridgé en mono. Heureusement vu le prix direz-vous, mais cette solution rend pleinement justice à la qualité des B&W, qui s’en trouvent littéralement transcendées, enfin tenues d’une poigne ferme. Le résultat est assez grandiose, car difficile de ne pas succomber à ce déferlement d’énergie, tout en profitant de l’image précise et réaliste prodiguée, en bonnes enceintes de monitoring qu’elles sont. Tout est plus rapide, précis et délimité, l’acuité aux détails est extrême, la dynamique peut enfin s’exprimer totalement, même sur l’exigeant Paranoid de Black Sabbath, brutal et foudroyant sur les quatre A-300. Le trio Yamamoto (TBM) explose de joie de vivre et d’inspiration, grâce à des attaques vives comme l’éclair, pour notre bon plaisir. Enfin, l’inimitable Michel Jonasz sur « Le Temps passé » donne des frissons, comme lors du concert à La Cigale en 1988, pour ceux qui ont eu la chance d’y assister. Le graal est bien là, pour un immense plaisir musical, encore plus prenant sur ce système aussi extrême.
Aucun doute, les blocs monos A-300 de la marque de Yokohama incarnent le summum actuel en matière d’amplification, pourtant loin d’être inabordables comparés à d’autres modèles beaucoup plus ésotériques et chers, mettant à profit des circuits très sophistiqués et entièrement discrets. Leur façon de piloter les enceintes même difficiles avec une extrême distinction offre une expérience d’écoute incomparable, plaisir également rare que de pouvoir apprécier de tels joyaux dans un système aussi abouti. Référence est un attribut qui leur va comme un gant, car c’est effectivement ce qu’ils sont, à tous niveaux, encore plus en mode quatuor.
Timbre
Dynamique
Scène sonore
Qualité / prix
8
Plaisir musical
8
Facilité d'utilisation
8
Qualité de fabrication
8
Dimensions (L x H x P) : 465 x 240 x 515 mm
Poids : 46 kg
Puissance : 125 W (8 ohms), 250 W (4 ohms), 500 W (2 ohms)
THD : 0.003% (4 à 16 ohms)
Réponse en fréquence : 0.05 Hz - 160 kHz (1 W)
Facteur d’amortissement : >1000
Gain maxi : 28 dB
Rapport signal/bruit : 130 dB / 135 dB
Entrée : RCA + XLR (choix de polarité)
Gains : 4
Borniers : 4 x 6 mm
Modes : stéréo, bi-amp, ponté

