Amplificateur

INTEGRE A TUBE TRAFOMATIC AUDIO EOS

Thursday, February 12, 2026
INTEGRE A TUBE TRAFOMATIC AUDIO EOS
Entre nos lignes, maintenant :  
INTEGRE A TUBE TRAFOMATIC AUDIO EOS

Introduction

Lumière de l’aube

Le jeune team serbe de Trafomatic Audio conçoit des appareils à tube bien différents des autres. Leur forme épurée est le miroir de créations qui promettent une expérience musicale intense, éblouissant les sens et l’esprit. Cette pureté recherchée est le reflet de l’amour porté à la musique par ses concepteurs, comme cet intégré EOS.

La très vaste gamme Trafomatic Audio comprend des modèles qui impressionnent techniquement. Exemple, les blocs monos Elyseum qui tirent profit de la grosse triode d’émission 250TL Eimac, pour délivrer 70 W en SE (classe A/A1), dont le driver triode EML 20B est couplé par transformateur. On remarque aussi l’étonnant préampli Tara 30A à base d’EML 30A, DHT moderne très performante d’Emission Labs. Le colossal phono Collins, flagship de la marque, accepte 4 cellules et offre tous les réglages possibles. Dans la famille des intégrés, l’EOS se positionne juste au-dessous du Rhapsody, un parallèle de 300B délivrant 20 W, et au-dessus de l’Elegance Evolution, un PP de 6550 de 50 W. Le point commun à ces appareils est la rigueur de conception, plus des choix exigeants en matière de schéma et de composants, y compris les transformateurs qui sont la spécialité de la marque.

BEAUTE SLAVE

L’allure est résolument design, loin du canon vintage censé rappeler un passé glorieux. Au contraire, Trafomatic Audio est une toute jeune marque serbe, qui compte bien se démarquer par ses qualités techniques propres et son look. C’est réussi, prouvant que le tube peut être remis au goût du jour avec élégance. Pourtant, l’archétype de l’amplificateur à tube est bien présent : une plaque supérieure ventilée en aluminium supporte les 4 tubes de puissance pentode KT120 Tungsol (réédition russe New Sensor), plus les 4 triodes d’entrée et drivers.

Deux transformateurs de sorties capotés encadrent au centre un capot contenant deux selfs de filtrage, une par canal, un transformateur toroïdal pour le chauffage des filaments, la tension de polarisation négative et autres tensions (relais, télécommande, etc.). En façade, un ampèremètre contrôle le débit des tubes de puissance, formant le O de EOS, encadré par le volume, le sélecteur d’entrée et la sortie pour casques de 25 à 100 ohms.

À l’arrière, une plaque d’aluminium rassemble 3 entrées sur RCA asymétriques, dont une transformable en sortie pre-out sur demande pour attaquer un autre bloc de puissance, une entrée symétrique sur XLR, les borniers dorés inclinés pour les impédances 4 et 8 ohms, et la fiche d’alimentation externe.

Le châssis est usiné en CNC dans du contreplaqué traité avec de la résine époxy, donnant une très belle finition unie mate d’aspect velouté.

PUSH-PULL & BIAS REGLABLE

Sorti en 2010, le tube Tung-Sol KT120 dispose d’une dissipation plaque de 60 W, faisant de lui le tube le plus puissant de la famille des 6550/KT88/KT90. À comparer aux 35 W de dissipation de la 6550 Tung-Sol sorti en 1955, vu sur les fameux Dynaco Mark III et McIntosh MC60.

Ici en push-pull classe AB, les KT120 délivrent 100 W, dont les 10 premiers en classe A, ce qui fait de l’EOS l’amplificateur intégré le plus puissant de Trafomatic. La double triode amplificatrice en tension est une 5687 NOS, à faible impédance et haut gain, très fiable car à l’origine montée dans les calculateurs, suivie d’une double triode ECC99 JJ en déphaseur, de type cathodyne, qui possède une faible résistance interne (2,3 K), idéal pour un driver.

Un faible taux de contre-réaction cathodique est appliqué, pour se rapprocher au maximum du son d’un SE. L’EOS utilise une polarisation fixe par tension négative appliquée à la grille du tube, qui est ajustable, réglée à 50 mA. Pour ce faire, il suffit de tourner une des vis sur le côté droit de l’ampli, et d’ajuster le débit sur l’ampèremètre central pour chaque tube KT120. Il faut le vérifier à chaque changement de lampe, et le réajuster deux ou trois fois par an lors d’une utilisation régulière.

Sur l’EOS, les composants sont de la plus haute qualité, de grade audiophile. Les transformateurs de sortie possèdent une structure à double noyau en C, les condensateurs de liaison sont des Solen polypro, et le montage est intégralement en l’air, sauf la partie filtrage et régulation.

L’énorme transformateur d’alimentation toroïdal de 800 VA est dans son boîtier dédié, utilisé pour la haute tension des KT120, évitant toute interaction électromagnétique. Il est suivi d’un filtre en Pi C-L-C (capacité/self/capacité) séparé pour chaque canal, intégré, lui, dans l’amplificateur. Cet EOS est vraiment de la belle ouvrage, digne des meilleures réalisations, dont les transformateurs sont tous bobinés par Trafomatic.

Fabrication et écoute

Timbres :

L’EOS fait partie des excellents amplificateurs à tube puissants, mais qui ne cherchent pas à reproduire systématiquement une coloration typique chaleureuse ou aguicheuse. Pour autant, la qualité de finesse et de variété de timbre du tube est bien là, tour à tour subtile, chatoyante, montant très haut mais conservant toujours une certaine douceur veloutée dans l’aigu, et la touche d’humanité dans le médium propre aux tubes.

Aucune mollesse cependant n’est à craindre, car rapidité et énergie sont toujours présentes, animant la musique en permanence, même sur des enceintes au rendement faible, qui sont propulsées dans le grave d’une façon magistrale. Le tour de force est de réunir des qualités contradictoires, en maintenant un équilibre subtil entre force, autorité, vivacité, richesse des nuances, douceur des harmoniques extrêmes, précision de l’espace sonore, et variété des intensités qui procure un contraste permanent, jamais monochrome. Cette évidence musicale représente un vrai tour de force.

Dynamique :

Sur ce critère, l’EOS satisfait pleinement toute enceinte reliée à son transformateur, même peu sensible, qui retrouvera une vigueur bienfaitrice qu’elle n’aurait même pas soupçonnée. 100 watts à tube, cela parle en permanence, et l’on se délecte de cette énergie disponible, vivifiante, sur tous les styles musicaux.

Les élans symphoniques intenses sont fidèlement retranscrits, sans impression de tassement ou réduction de la taille de l’orchestre, au contraire. Un crescendo n’est pas coupé dans son élan, l’énergie se libère bien sur les forts niveaux sonores, sans récession, bénéfice de la grande marge disponible.

Sur les faibles signaux, aucun détail ne se perd, qui serait noyé dans le bruit de fond, grâce à une très bonne maîtrise de l’alimentation et du filtrage des tubes. Sur l’album Catalogne de Christian Escoudé, le swing inimitable du guitariste est bien présent, la Gibson étant magnifique dans sa signature reconnaissable, chaude et séduisante. Cet EOS donne envie d’explorer tous les univers sonores avec gourmandise.

Scène sonore :

Encore une fois, l’assise et la fermeté du grave assoient une scène avec des fondations solides, et surtout crédibles, où la ligne de contrebasse d’un orchestre symphonique est à la fois bien délimitée, différenciée et installée dans son espace, qui ne change pas en fonction du niveau sonore.

Même chose pour la voix bien enregistrée d’Agnès Jaoui sur l’album Canta, qui est campée avec une belle présence, aux inflexions sensibles bien perceptibles, remarquablement présente devant vous.

Lorsque cet aplomb se mêle à merveille au fruité des timbres, empreints à la fois de naturel et de précision, comme sur la guitare qui l’accompagne, c’est un pur plaisir musical et de satisfaction sonore, sans frustration causée par une quelconque lacune. Car l’EOS fait son travail sans jamais défaillir, ni imposer un type répétitif d’écoute, respectant à la fois les interprétations et les meilleures prises de son.

Rapport qualité/prix :

Dire qu’un intégré à 8500 euros possède un très bon rapport qualité/prix peut sembler abusif, mais c’est bien le cas. D’abord par sa fabrication irréprochable, y compris une finition réussie esthétiquement, d’autant plus qu’il est possible de choisir contre supplément une teinte RAAL spécifique, ou celle de votre auto de luxe préférée, comme la teinte Porsche Topaz Brown de notre essai.

Techniquement, l’EOS montre une maîtrise impressionnante, à la fois par le bobinage de ses transformateurs, les bons choix mis en œuvre, dont l’alimentation séparée et le bias facile, ainsi qu’un montage artisanal de haut niveau. Un modèle à suivre !

Verdict

Dans la mythologie grecque, la déesse Éos se lève chaque matin pour apporter sa douce lumière et disperser la nuit. Cette métaphore traduit bien ce que l’on ressent à l’écoute du Trafomatic, prêt à réchauffer nos sens de ses puissants rayons et éclairer l’écoute par ses qualités.

Sasa Cokic sait insuffler son goût du beau par une conception sérieuse et une réalisation à la hauteur, y compris musicalement, car l’EOS est proche d’un certain idéal de l’amplificateur à tube, sans les limites parfois rencontrées.

Une belle réussite venant de Serbie, qui donne envie de découvrir d’autres fleurons de la marque.

Timbre

7

Dynamique

8

Scène sonore

7

Qualité / prix

8

Plaisir musical

Facilité d'utilisation

Qualité de fabrication

Fiche technique

Prix :
8500
euros
Origine :
Serbie

Peinture : sur mesure : 350 euros
Dimensions : (L x H x P) : 450 x 350 x 230 mm
Alimentation : 150 x 200 x 300 mm
Poids : EOS : 25 kg
Alimentation : 11 kg
Puissance : 2 x 100 W (8 ohms)
Type : push-pull classe AB
Tubes : 4 x KT120, 2 x 5687, 2 x ECC99
Réponse : en fréquence : 10 Hz - 100 kHz (-1 dB)
THD : 0,03% (1 W)
Rapport : S/B : 82 dB
Entrées : 3 x RCA, 1 x XLR
Sorties : 4 et 8 ohms

Haute Fidélité N°269
Cette article à été publié dans :
Haute Fidélité N°269
JUIN / JUILLET 2024
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