

Musical Surroundings s’est fait connaître il y a plus de trois décennies par ses phonos de haute qualité, mais abordables. Le « phénomène » débute en 1991, maintes fois récompensé, pour arriver à cette 4e génération baptisée Phonomena III, toujours d’un rapport qualité/prix des plus alléchants.
La marque s’impose même outre-Atlantique comme étant incontournable en matière d’étage phono bien conçu, sérieusement construit, polyvalent, et avant tout musical.
Son concepteur n’est pas un inconnu, puisque Michael Yee a œuvré pour Mobile Fidelity Sound Labs, en développant notamment la gamme UltrAmp dans les années 1990. Sa carrière dans l’ingénierie médicale est doublée de ses compétences en tant qu’ingénieur et électronicien, fondant Musical Surroundings en 1990 avec Jim Fosgate, dont les appareils sont conçus et fabriqués en Californie.
Michael Yee préfère nettement remplacer les amplis OP par des transistors dans une topologie discrète au schéma très élaboré, les apparier, puis décider de la meilleure façon de polariser chaque transistor pour son application, en optimisant les composants passifs. Cela donne pour le Phonomena III 17 transistors par canal dans le circuit et 200 composants, en configuration double mono, délivrant un maximum de gain.

La correction RIAA est ici active, et non passive comme dans d’autres montages. C’est un choix cornélien, où chaque concepteur défend ses arguments. Dans l’égalisation RIAA active, un jeu de résistances et de condensateurs est utilisé dans un circuit de rétroaction qui est ensuite réinjecté dans le chemin du signal. Elle offre en général une amplification stable, une amélioration de la réponse en fréquence et du rapport S/N ; seul le résultat compte, et ici c’est une réussite.
L’alimentation de la version de base est déjà silencieuse, mais un gap est conséquent grâce à celle dédiée séparée, utilisant un transformateur japonais Tamura, des diodes performantes, ainsi que des régulateurs Linear Technologie de haute précision et à très faible bruit LT1965 & LT3015.
Le Phonomena III offre réellement une grande souplesse de réglages, grâce à ses 4 DIP switch à l’arrière, séparés pour chaque canal. Deux sont pour le gain, permettant 13 valeurs entre 40 dB et 66 dB. Deux autres sont pour la charge résistive des MC, à huit positions, offrant 17 positions de 30 ohms à 100 K. À ce propos, le constructeur recommande comme charge au moins dix fois l’impédance interne de la cellule.
La capacité d’entrée est de 100 ou 200 picofarads, surtout destinée aux MM, mais à tester sur les MC. Elle doit tenir compte aussi de la capacité du câble phono qui suit.
Le châssis en aluminium brossé, aux textes gravés laser, est disponible en argent ou noir. Il fait majoritairement appel à la technologie CMS pour une compacité maximale.
Le Phonomena III équipé de son alimentation, qui lui fait faire un bond incontestable par le recul du bruit de fond et l’ampleur générale supérieure ressentie, est un étage phono très intègre.
Il ne cherche pas à séduire systématiquement par une brillance dans le médium/aigu ou une coloration aguicheuse reconnaissable, mais se fait respecter par une grande exactitude sonore. Il privilégie le naturel des structures harmoniques, une balance sonore équilibrée, sans mollesse ni mise en avant d’une quelconque région du spectre, mais riche de détails.
Le grave descend très bien en fréquence, avec une excellente différenciation des notes les plus basses, pour mieux dessiner une scène sonore parfaitement calée entre les enceintes, mais aussi très profonde.

Par exemple, la bonne réédition du Dire Straits, On Every Street, est magnifique par la présence physique du groupe, la richesse de l’attaque des guitares électriques, avec du mordant, et la voix caractéristique entourée d’une légère réverbération à l’enregistrement. La restitution est très équilibrée, vivante, sans aucune gêne dans l’aigu harmonieusement intégré, très vraie dans ses harmoniques, tout comme le médium.
La fermeté du grave se fait ressentir sur l’album de Ron Carter, Finding the Right Notes, où la contrebasse est superbement contrôlée, détaillée, l’orchestre déployant une grande aisance dynamique, dans un chatoiement des pupitres du WDR Big Band vivifiant et grandeur nature.
La guitare de Russell Malone dans Bags Groove est très enlevée, devant vous avec une très belle fluidité aérienne, le Phonomena III n’ayant pas son pareil pour restituer des ambiances très changeantes d’un disque à l’autre.
Lorsque l’enregistrement et le pressage sont de haute qualité, un tel phono marié à une source irréprochable vous plongeront dans les délices de la reproduction analogique difficilement égalable, par sa musicalité unique et le plaisir intense que l’on peut en retirer.
Décidément, un vent de renouveau souffle sur les étages phono à la fois abordables et performants musicalement. Le Phonomona III en fait indiscutablement partie, ayant pour lui un grand naturel dans la restitution harmonique et la construction des plans sonores, privilégiant la justesse sur tous les paramètres.
Sa souplesse de réglage rassurera les plus pointilleux, s’adaptant comme un gant à la cellule selon la sensibilité du système (la Hana SL du même distributeur est tout indiquée par exemple).
Vous pouvez l’acquérir sans l’alimentation, puis économiser pour l’upgrader sérieusement, pour en faire une bête de course. Ce retour au-devant de la scène de Musical Surroundings est vraiment une réussite grâce à ce Phonomena III, fabriqué dans la Silicon Valley. Bravo à Michael Yee et son équipe !
Timbre
Dynamique
Scène sonore
Qualité / prix
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Alimentation : séparée : 1150 euros
Garantie : 3 ans
Dimensions : 220 x 50 x 150 mm
Poids : 1,3 kg
Gain : 40 à 66 dB
Charge : 17 positions
Capacité : 100 pF ou 200 pF

