

Après la P3ESR XD qui s’était imposée comme une des meilleures biblios actuelles (HF 260), Harbeth nous présente son modèle de référence, en haut d’une gamme qui comprend 5 modèles : P3ESR XD, C7ES-3XD, M30.2 XD, SHL5plus XD, et enfin Monitor 40.3 XD. Cette enceinte est la digne héritière de la M40 originale développée pour la BBC, renouvelant un savoir-faire unique.
Monitor n’est pas un terme galvaudé dans le cas d’Harbeth, car la marque a fourni nombre de ses modèles à la BBC, de la Mk1 initiale de 1977 à la Mk4, en passant par la LS3/5a. Le fondateur Dudley Harwood fut un des pionniers dans la recherche de nouveaux matériaux plastiques, en tant que responsable du développement des haut-parleurs de la BBC. Alan Shaw, le directeur actuel, a sans cesse fait évoluer son modèle phare M40, né en 1997.
En 2007 intervient la première grosse mise à jour M40.1 (design, filtrage, grave), puis une deuxième en 2015 (filtre et grave). En 2017, c’est la M40.2 40e anniversaire, primée dans le monde entier, qui réalise un bond en avant significatif en performances. La dernière M40.3 XD trois voies est la quintessence du style anglais, dont l’apparence classique se pare d’une belle essence en bois finition main.
De format 75 cm x 43 cm pour 40 cm de profondeur, il faut l’installer sur un pied, comme toute monitor qui se respecte.
Cette 3e évolution M40.3 XD (Extended) a été peaufinée au niveau du filtre, véritable domaine d’expertise d’Alan Shaw. Encore plus complexe, avec des pentes autour de 18 dB acoustique, il a été optimisé pour une courbe de réponse en fréquence et d’impédance totalement linéaires, en améliorant le rendement qui passe à 86 dB, contre les 84 dB initiaux.
Mais la véritable identité Harbeth est son cône en polymère RADIAL (Research And Development In Advanced Loudspeakers), ici en version RADIAL2. Mis au point pendant cinq années, il est basé sur l’acquis du fondateur Dudley Harwood dans la recherche de nouveaux matériaux synthétiques à la BBC. La marque a ensuite innové dans la procédure de fabrication, car les composés polymères granulaires, à partir de molécules très pures, sont injectés dans le moule chaud sous forme de liquide, ce qui permet un moulage par injection, gage d’une reproductibilité parfaite.
C’est un processus de fabrication coûteux, très précis, contrôlé et surveillé par ordinateur, où les températures sont élevées et les pressions dangereuses. Il implique un énorme coût en investissement initial, mais le jeu en vaut la chandelle, car les haut-parleurs Harbeth profitent maintenant de cette technologie, comme le médium de 20 cm. Muni d’une ogive anti-tourbillonnaire solidaire du cône en RADIAL2, il est équipé d’une large suspension en caoutchouc.
Au-dessous de 400 Hz agit un imposant boomer de 30 cm à double ferrite, dont la membrane synthétique à profil concave est solidaire d’une suspension à bord roulé convexe en caoutchouc. Il est chargé dans un volume bass-reflex d’environ 70 litres, dont les deux évents débouchent en face avant.
Protégé par une grille en nid d’abeilles, le tweeter à dôme souple de 25 mm refroidi au ferrofluide traite les fréquences au-dessus de 3,5 kHz. Il est fabriqué sur spécifications par le norvégien SEAS. Les trois haut-parleurs sont affleurants, vissés au dos d’une plaque principale isolée par un joint, à l’instar de l’école des monitors de la BBC, commune à toutes les Harbeth.

La caisse répond à des règles bien précises issues de générations d’enceintes de monitoring anglaises : épaisseur relativement faible en MDF mais bien amortie par du bitume aux endroits stratégiques, pour ne pas « tuer » le son, assemblage précis de l’ossature avec tasseaux rigidificateurs, finition main en utilisant différentes essences de bois, d’un aspect irréprochable, qui fait toute la différence avec des caisses industrielles assemblées sur des chaînes.
La sensibilité est de 86 dB/2,83 V/m, ce qui est assez peu, mais les M40 sont plutôt faciles à driver, pouvant fonctionner avec des amplis à partir de 35 W selon Alan Shaw, tube ou transistor, pourvu qu’ils fournissent du courant et soient musicaux. Elles peuvent encaisser par contre 650 W en pointe, procurant des niveaux sonores élevés sans changement d’équilibre sonore.
Il faut prêter attention à leur installation, éloignée des murs arrière, et les poser sur des pieds d’environ 35 cm pour que le tweeter soit à hauteur d’oreille. Ceux-ci sont très importants dans le résultat final, de par la construction spécifique de la caisse dont la paroi inférieure « vivante » doit être un minimum entravée. Le modèle bavarois TonTräger s’avère remarquable : assez léger, il est intégralement assemblé en bois massif.
Tous les efforts pour obtenir un matériau du cône neutre et sans coloration se concrétisent à l’écoute par une transparence et une délicatesse harmonique incroyables. Une grande attention doit être portée d’ailleurs à l’électronique et aux câbles, pour une parfaite adéquation, car les M40.3 ne masqueront aucun défaut.
Quand tout est bien réglé et assemblé, le résultat est un peu différent des écoutes habituelles dites « haut de gamme ». En effet, elles ne décortiquent pas chaque son comme des machines, de façon aseptisée, mais traduisent au plus près la vérité des timbres, leur structure incroyablement homogène et subtile. Ils sont toujours pétillants comme du champagne, tel l’aigu qui est ouvert, lumineux, révélant milles nuances dans le prolongement harmonique des notes.
Les M40.3 XD sont capables de démêler avec aisance des fils sonores très complexes, de nature bien différente comme les tessitures des voix humaines. Sur l’opéra Farnace de Vivaldi, magnifiquement dirigé par Jordi Savall, c’est à la fois beau et envoûtant, mais aussi vivant, enlevé, plein d’éclat et de vérité, beaucoup plus crédible que certaines écoutes parfois trop artificielles pour y croire vraiment.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser venant d’une enceinte anglaise old style, les M40.3 se montrent à l’aise sur les forts écarts dynamiques, même sur un morceau comme « Kiss », de Prince and The Revolution, plutôt impressionnant sur les Harbeth.
L’imposant boomer aide à asséner une ligne de basse puissante, et il est étonnant de constater comment ces enceintes ne se laissent jamais déborder devant la complexité du message sonore, au contraire : plus il est riche, plus elles en révèlent toutes les finesses rythmiques et harmoniques. Cette version 3 a été retravaillée pour éviter d’exciter les résonances de pièces, afin de mieux s’accorder à un salon domestique, qui n’a pas l’acoustique neutre des studios de contrôle. Il en résulte un grave plus articulé, détouré sans en rajouter, pas spécialement vif en vitesse d’impact, mais qui laisse bien vivre l’excellente zone médium/aigu.
Les M40 seront à l’aise dans les grandes pièces, et plutôt éloignées des murs latéraux.

Nombre de modèles haut de gamme actuels ont tendance à scruter méticuleusement la scène sonore en exagérant la focalisation, par un effet de loupe, ce qui n’est pas vraiment ce que l’on ressent au concert, où la notion de cohérence spatiale et temporelle est importante. C’est ce que font ressentir les M40 qui déploient un espace sonore à la fois plein, consistant et homogène, auquel on croit vraiment.
Il n’y a pas de dissociation entre la musique et sa reproduction, par une exagération de certains artefacts hi-fi qui souvent éloignent du discours musical. La plus grande qualité des Harbeth est à la fois de s’effacer devant l’expression artistique, tout en portant toute l’attention sur elle, ceci quel que soit le genre écouté.
Vous serez à la meilleure place pour profiter du Berliner Philharmoniker jouant la Pastorale de Beethoven, redécouvrirez la superbe prise de son de Patricia Barber sur « Verse », ou la trompette étincelante d’Éric Truffaz sur « Saloua ». Elles s’intégreront au sein des meilleurs systèmes, même bien plus chers qu’elles, qui sauront les mettre en valeur.
L’importateur a fait un réel effort pour proposer les M40.3 XD en France au prix le plus bas d’Europe, identique pour toutes les finitions. En Allemagne et au Royaume-Uni par exemple, elles coûtent plus de 3000 euros qu’en France, ce qui les rend compétitives chez nous : CQFD.
L’enceinte est entièrement assemblée à Lindfield dans le West Sussex, utilisant des composants supérieurs, venant d’environ 200 fournisseurs, parmi les meilleurs. Le tarif est loin d’égaler celui d’autres modèles haut de gamme bien plus chers, mais pas forcément meilleurs que les grandes Harbeth.
La M40 est utilisée sur plusieurs sites de la BBC pour produire des émissions radiophoniques, et installée dans les salles de concert de la BBC ou studios d’enregistrement/mixage, ce qui est une belle carte de visite. La M40.3 XD est la survivante d’une espèce d’enceinte en voie de disparition, d’allure classique et d’un volume respectable, très eighties dans l’esprit.
Leur restitution change également des écoutes trop épurées ou manquant cruellement de personnalité, au profit d’un sens du détail et de la vie toujours en éveil, non surjoué. Elles possèdent une forte personnalité, que l’on aime ou pas, mais qui vous captive immanquablement par une présentation grandeur nature, charnelle, pleine de bonnes surprises sonores.
Timbre
8
Dynamique
7
Scène sonore
8
Qualité / prix
7
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Finition : cerisier, noyer, palissandre, frêne exotique
Dimensions : 432 x 750 x 400 mm
Poids : 38 kg
Nombre de voies : 3
Charge : bass-reflex
Boomer : 300 mm
Médium : 200 mm, cône RADIAL2
Tweeter : 25 mm SEAS, refroidi par ferrofluide
Rendement : 86 dB/1 W/1 m
Impédance : 6-8 ohms
Réponse en fréquence : 35 Hz- 20 kHz (±3 dB)

