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Paradise Cove : Point de départ de la vague Beach Boys

La plage où tout a commencé pour les Beach Boys.
March 6, 2026
Paradise Cove : Point de départ de la vague Beach Boys
Entre nos lignes, maintenant :  
Paradise Cove : Point de départ de la vague Beach Boys

Point de départ de la vague Beach Boys

Prêts à conquérir le monde, les Beach Boys ont pris la pose sur cette petite plage de Malibu pour illustrer la pochette de leur premier album. Soixante-trois ans plus tard, le souvenir du groupe y est encore bien présent.

C’est une petite plage de Malibu, au Nord-Ouest de Los Angeles, où la falaise plonge dans l’eau. Une plage comme on en trouve beaucoup sur la côte Ouest des Etats-Unis mais le 11 juin dernier, à l’annonce de la mort de Brian Wilson, des fans sont venus y rendre hommage au légendaire bassiste et immense auteur-compositeur des Beach Boys, se remémorant avec nostalgie l’époque où la musique des “garçons de la plage” a commencé à déferler sur le monde et contribué à rendre encore plus glamour le style de vie californien.

Car c’est à Paradise Cove que le groupe formé des trois frères Wilson, Carl, Dennis et Brian, ainsi que de leur cousin Mike Love et de leur voisin et ami, Al Jardine, a été photographié en 1962 pour la pochette de son tout premier album, Surfin’Safari. C’est ici que la conquête du monde musical a vraiment débuté pour les cinq membres de cet ensemble ayant été le premier à vendre plus de 100 millions de disques dans le monde.

SURDITÉ ET OREILLE ABSOLUE

The Beachs Boys se sont formés un an plus tôt, à une cinquantaine de kilomètres de là, à Hawthorne. Grand amateur de surf, Dennis Wilson suggère alors à son grand frère, Brian, et son cousin, Mike Love, de s’en inspirer pour écrire le premier titre du combo. Tout part d’une remarque faite à Mike Love lors d’une partie de pêche à Redondo Beach, où le jeune Dennis s’étonne que si la surf music séduit de plus en plus de monde, la plupart de ses titres phares sont instrumentaux. Pour Brian Wilson et son cousin, l’idée fait mouche et les deux hommes s’en saisissent pour donner naissance à “Surfin’”, où se mêlent rock’n roll, surf music et doo-wop.

La suite s’apparente à une belle histoire : le 45 tours sort en décembre 1961, le titre entre dans les charts, se classe à la 75e place sur le plan national, et les Beach Boys sont invités pour interpréter deux chansons lors de l’entracte d’un spectacle de Dick Dale au Rendezvous Ballroom de Newport Beach.

Murry Wilson, le père de Carl, Dennis et Brian, devient le manager du groupe. Tyrannique et violent dans l’éducation de ses enfants, il serait à l’origine de la surdité de l’oreille droite de Brian, qu’il aurait projeté contre un mur durant son enfance. Et si l'aîné de la fratrie a essayé, sans succès, de se faire opérer dans les années 1970 pour restaurer son audition, cette infirmité joua un rôle dans sa créativité artistique puisque s’il privilégiait le son monophonique, c’est d’abord parce qu’il ne percevait pas la stéréo. Malgré cela, Brian et son frère Carl sont dotés de l’oreille absolue leur permettant de reconnaître la note de n’importe quel son.

Le succès de “Surfin’” permet aux Beach Boys de se faire repérer très rapidement par Capitol Records. Le label californien produit alors le premier album du groupe Surfin’Safari où Brian a écrit ou coécrit neuf des douze titres y figurant. Six d’entre eux l’ont été en partageant le plume avec Gary Usher. On y retrouve bien sûr “Surfin’” ainsi que le titre éponyme, “Surfin’Safari” dont le 45 tours s’était hissé au 14e rang national, mais aussi “Little Miss America” où les Beach Boys décrivent leur vision de la fille idéale du sud de la Californie, “Ten Little Indians” où le groupe essaye d’imiter le style de “Running Bear” de Johnny Preston, la reprise du superbe “Summertime Blues” d’Eddie Cochran et du classique des Gamblers “Moon Dawg” tandis que “Heads You Win, Tails I Lose” fait référence à l’usage fréquent du tirage au sort par Brian Wilson et Gary Usher lorsqu’il s’agit de prendre des décisions.

UN PICK-UP JAUNE REPÉRÉ SUR HOLLYWOOD BOULEVARD ET LOUÉ 50$

Les sessions d’enregistrement ont lieu en août 1962 dans les studios se trouvant au sous-sol de la célèbre tour de Capitol Records. Le son est encore en construction, parfois un peu hésitant, mais les Beachs Boys sont sur le chemin du succès.

Au moment de réaliser les clichés de la pochette du groupe, la tâche est logiquement confiée à Ken Veeder, le photographe officiel de Capitol Records, réputé notamment pour son travail avec Frank Sinatra et Nate King Cole. Assisté par George Jerman, il façonne l’image des Beach Boys à cette époque.

Avec un tel nom de groupe, il est évident que la séance doit se dérouler sur la plage. La proximité de Malibu avec Los Angeles amène naturellement l’équipe à choisir Paradise Cove. Pour l’occasion, le producteur, Nik Venet, repère sur Hollywood Boulevard un pick-up jaune aux jantes rouge qu’il loue 50$ à son propriétaire, un certain Calypso Joe. Celui-ci le suit jusqu’à Paradise Cove pour participer à la photo. Le véhicule est habillé par plusieurs branches de palmiers et se serait ensablé à la fin de la séance, nécessitant un remorquage. Une petite péripétie sans grande conséquence.

LA PLANCHE DE SURF DE DENNIS WILSON

Les cinq musiciens peuvent prendre la pose : Dennis Wilson est au volant, son frère Carl est assis dans la benne et David Marks sur le capot. Brian Wilson et Mike Love sont sur le toit, une planche de surf à la main. Achetée dans le magasin The Outrigger de Hermosa Beach, celle-ci appartient à Dennis, le seul surfeur du groupe !

Pour l’anecdote, la planche de surf réapparut bien des années plus tard dans l’émission de télévision américaine, Pawn Stars, consacrée aux prêteurs sur gage. Un client avait proposé de la vendre pour 100.000$, preuve de l’importance de l’objet figurant également l’année suivante sur la pochette du troisième album du groupe, Surfer Girl, en étant cette fois portée par les cinq membres sur la plage.

Toujours avec cette même tenue, pantalons blancs et chemises à carreaux, qu’ils portent pour la pochette de Surfin’ Safari, prêts à rechercher la vague parfaite. Magie du moment car Paradise Cove n’est pas considéré comme un très bon spot et le surf y fut même longtemps interdit !

RETOUR SUR LES LIEUX 61 ANS PLUS TARD

Profitant du fait que personne ne se trouve sur la plage et souhaitant mettre en valeur le cadre dans lequel se trouve le groupe, Ken Veeder prend les clichés de loin et fait poser les membres du groupe dans différentes situations, toujours autour du véhicule, mais la photographie où les Beach Boys semblent prêts à prendre d’assaut les éléments s’impose.

Un beau symbole puisque cet album, sorti le 1er octobre 1962, atteint la 32e place des charts américains en 37 semaines. Le succès est pour l’instant modeste. Les Beach Boys connaîtront cependant une immense notoriété quelques années plus tard.

Les derniers membres du groupe encore en vie, Brian Wilson, Mike Love, David Maks, Al Jardine et Bruce Johnston, reviendront même à Paradise Cove Beach en septembre 2023, à l’occasion du tournage du documentaire de Frank Marshall, “The Beach Boys”, sorti en mai 2024 sur Disney+.

“La journée a été joyeuse et mémorable. C'était vraiment comme une réunion de famille”, a confié le réalisateur. “C’était comme quand on a commencé. On a joué Surfin’ Safari, Fun, Fun, Fun. Paradise Cove, c’est là où tout a commencé”, a apprécié Al Jardine.

Un moment émouvant où le temps avait fait son œuvre sur la silhouette des membres. Mais leur musique reste intemporelle. Une petite pancarte trône toujours fièrement à Paradise Cove pour indiquer que c’est ici qu’a été prise la fameuse photo du premier album des Beach Boys, associant à jamais cette plage avec l’un des plus grands groupes de la musique.

Haute Fidélité N°276
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