Voyage en Haute fidélité

Rencontre en Haute Fidélité - Ojas / Episode 12

Artiste, DJ, designer sonore, artisan de pavillons. Devon Turnbull, alias Ojas, incarne une vision presque spirituelle de la haute fidélité. Une conversation rare, à hauteur d’homme et d’onde sonore.
June 2, 2026
Rencontre en Haute Fidélité - Ojas / Episode 12
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Rencontre en Haute Fidélité - Ojas / Episode 12

Devon Turnbull ne ressemble à personne dans le paysage audiophile contemporain. À New York, dans son atelier de Brooklyn, il façonne depuis plus de quinze ans des enceintes à pavillons massives, sculpturales, radicales. Sous le nom Ojas, il a d’abord été DJ, puis cofondateur du label Nom de Guerre, designer sonore pour l’Ace Hotel. Avant de se retirer presque entièrement du tumulte médiatique pour se consacrer à l’essentiel : l’écoute.

Dans cet épisode, il revient sur un parcours atypique, mené à l’écart des circuits traditionnels de l’industrie. Une trajectoire faite d’expérimentations, de solitude volontaire et d’une fidélité absolue à une idée simple : la forme suit la fonction, et la fonction, ici, est l’émotion musicale.

La fabrication comme acte artistique

Chez Ojas, le pavillon n’est pas un effet de style. C’est un outil. Turnbull revendique l’héritage de Western Electric et d’Altec, mais sans nostalgie muséale. Il s’approprie ces codes pour les réinterpréter, notamment à travers son travail sur les pavillons moulés au sable. Une technique artisanale, lente, exigeante, qui assume ses irrégularités comme partie intégrante du résultat sonore.

Le KOR-1, l’un de ses modèles emblématiques, est né de cette logique. Un système pensé pour des pièces réelles, pour des auditeurs réels. Les retours du marché, souvent enthousiastes, l’ont surpris. Longtemps, Turnbull a travaillé presque dans l’ombre. Aujourd’hui, les commandes affluent, et les collaborations aussi.

OJAS × Klipsch, rencontre de deux mondes

La collaboration avec Klipsch marque un tournant. Produite à Hope, dans l’Arkansas, cette enceinte deux voies à pavillon multi-sectoriel marie l’esthétique brute d’Ojas et le savoir-faire industriel d’un acteur historique du haut rendement. L’exercice était délicat. Il fallait préserver l’intégrité de la vision tout en acceptant les contraintes d’une production plus large.

Turnbull évoque cette collaboration sans posture. Il parle d’apprentissage, de compromis intelligents, d’échanges techniques. Le résultat n’est pas une concession, mais un pont entre deux cultures de la haute sensibilité.

Des salles d’écoute comme destinations

Au-delà des produits, Turnbull conçoit des espaces. Des salles d’écoute pensées comme des refuges. On pense à Patina Osaka, au Cooper Hewitt, au SF MOMA. Chaque installation est envisagée comme une expérience complète, presque méditative. L’auditeur n’est plus un consommateur, mais un participant.

La culture audiophile japonaise irrigue profondément son approche. Le respect du silence, l’attention au détail, la place accordée au rituel d’écoute. Chez lui, le système n’est jamais une démonstration de puissance. Il devient un médium.


Analogique, numérique et responsabilité de l’audiophile

Turnbull ne diabolise pas le numérique. Mais il interroge la perte de physicalité, la dilution de l’attention. Pour lui, l’analogique engage le corps. Il oblige à ralentir, à choisir un disque, à s’asseoir. L’émotion naît aussi de ce geste.

Être audiophile, dit-il en substance, ne consiste pas à accumuler du matériel. C’est apprendre à écouter. À se rendre disponible. À accepter que la musique ne soit pas un fond sonore mais un événement.


Il y a chez Devon Turnbull une sincérité rare. Ni gourou, ni marketeur, ni nostalgique figé dans le passé. Juste un artisan qui a pris le temps d’écouter avant de parler. À l’heure où la haute fidélité se disperse entre connectivité totale et course à la fiche technique, sa voix rappelle que tout commence et tout finit par l’émotion. Et que cette émotion exige parfois de la lenteur, de la matière, du silence.

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