Vivre en Haute Fidélité

LE JAZZ HOT AND COOL

Scott Yanow explore l'essor du jazz en Europe dans les années 1950, de la France à la Suède, avant de revenir sur la vitalité du jazz américain contemporain.
July 17, 2026
LE JAZZ HOT AND COOL
Entre nos lignes, maintenant :  
LE JAZZ HOT AND COOL

Bien qu’il soit né et se soit développé aux États-Unis, le jazz est devenu une musique internationale dès que les enregistrements sont devenus largement accessibles au début des années 1920. Il a fallu un certain temps aux Européens pour accepter, maîtriser et développer des voix originales dans le jazz, et cela s’est produit à des rythmes différents selon les pays. Mais dans les années 1950, plusieurs grands artistes de jazz européens se sont fait un nom.

Dans les années 1950, le jazz en France était étroitement associé au swing de Django Reinhardt, au jazz de la Nouvelle-Orléans du saxophoniste soprano américain Sidney Bechet (qui s’était installé en France et était devenu une célébrité nationale) et aux nombreux grands noms américains du swing et du be-bop qui avaient trouvé un public enthousiaste en France.

West Coast Jazz À La Francaise 1954-1956 (Fresh Sound FSR-CD 1166) est un CD de 22 titres qui offre aux auditeurs un échantillon représentatif des nombreux excellents artistes français qui, au milieu des années 1950, exploraient le type de « cool jazz » devenu populaire aux États-Unis grâce à Chet Baker (qui a fait sensation lors de sa visite en France en 1955-1956), Gerry Mulligan, Shorty Rogers et Miles Davis.

Ce style se caractérisait par des sons doux des cuivres, des arrangements plus serrés et plus mélodiques que le bebop des années 1940, et une subtilité même lorsque la musique était très entraînante.

Le CD met en vedette le pianiste Claude Bolling, qui allait bientôt devenir célèbre, ainsi que des noms aujourd’hui largement oubliés tels que les pianistes Christian Chevalier et Raph Schecroun, le saxophoniste ténor Bob Garcia et le baryton William Boucaya. Ces musiciens prouvent qu’ils n’ont rien à envier à leurs homologues américains.

À la surprise générale, la Suède est devenue l’un des centres du jazz dans les années 1950. Le cool jazz de la côte ouest s’est notamment épanoui à Stockholm ; était-ce dû au climat froid ?

Le label espagnol Fresh Sound a sorti Swedish Cool And Modern Jazz (Fresh Sound FSR-CD 1167), un coffret de quatre CD sous-titré « 1949-1959 : The Golden Years ». Il contient 92 enregistrements provenant de divers labels, dont notamment Metronome.

Ces performances prouvent sans aucun doute que la Suède était à l’époque le deuxième pays après les États-Unis en termes de richesse de talents jazzistiques (même si le Royaume-Uni, la France et l’Italie pourraient également prétendre à ce titre).

De grands noms tels que le baryton Lars Gullin (le plus connu des Suédois), l’altiste Arne Domnerus, le trompettiste Rolf Ericson (qui travaillera plus tard avec Duke Ellington), le pianiste Bengt Hallberg, le clarinettiste Putte Wickman et le tromboniste Ake Persson figurent parmi les stars qui apparaissent dans divers contextes.

Cet aperçu de la scène jazz moderne suédoise des années 1950 regorge de performances passionnantes et de contributions de nombreux musiciens qui méritent d’être redécouverts par les amateurs de jazz d’aujourd’hui.

Passons maintenant aux États-Unis et à une époque plus récente (2022) avec le double CD First Meeting (5 Passion 59704 79991 4), disponible sur www.5passion.com.

Il réunit le pianiste Gonzalo Rubalcaba (originaire de Cuba), le saxophoniste ténor et soprano Chris Potter, le bassiste Larry Grenadier et le batteur Eric Harland sur six longs morceaux.

Les musiciens contribuent chacun avec un morceau original et s’épanouissent également sur le joyeux « 500 Miles High » de Chick Corea et le lyrique « Con Alma » de Dizzy Gillespie.

Si cet album live est effectivement une « première rencontre » entre ces géants de la musique, le même groupe, avec Dave Holland à la basse à la place de Grenadier, avait déjà enregistré ensemble lors du Monterey Jazz Festival 2007, et Grenadier avait joué avec ces trois musiciens à plusieurs reprises dans le passé.

Mais bien qu’ils connaissent tous le jeu des autres, on ressent régulièrement cette « surprise sonore » qui fait partie intégrante de toutes les performances jazz classiques.

Les quatre musiciens se surprennent constamment les uns les autres, utilisent habilement l’espace et le silence, et explorent spontanément une variété d’ambiances avec une créativité impressionnante.

First Meeting montre que le jazz est bien vivant aujourd’hui dans son berceau, près de 110 ans après son premier essor.

Scott Yanow écrit sur tous les types de jazz depuis 1974. Il a contribué à la plupart des grands magazines de jazz (dont DownBeat, JazzTimes, Jazziz et NYC Jazz Record), a écrit plus de 950 notes de pochette pour CD et LPs, et est l’auteur de 12 livres, dont ses mémoires de jazz, Life Through the Eyes of a Jazz Journalist. Qu’il s’agisse du jazz de 2025 ou de 1925, il reste un fan enthousiaste et averti de la musique.

Haute Fidélité N°278
Cette article à été publié dans :
Haute Fidélité N°278
Découvrir l'intégralité du magazine
Suivez-nous sur Facebook et Instagram

@Hautefidelitemag

Update cookies preferences