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AMPLI INTEGRE

AYON SPIRIT III

Fort du succès de son Spirit II, le constructeur autrichien Ayon en présente une version améliorée, avec ce nouvel intégré à tubes Spirit III présentant des circuits de gain équipés de KT88 et polarisés en classe A.

Ayon soigne l’esthétique de ses produits, et cela se confirme au premier coup d’œil. Le châssis anodisé noir, à la superbe finition, supporte les huit tubes et les trois transformateurs (celui de l’alimentation, au centre, et ceux des sorties audio de puissance, sur les côtés), blindés dans des cylindres chromés. Le constructeur fournit aussi des grilles de protection afin que des mains innocentes ne viennent pas se brûler les doigts au contact des tubes… Mais nous ne les avons pas installés afin de conserver au Spirit III sa belle esthétique.

Lescommandes manuelles et logiques

Lafirme Ayon s’est toujours attachée à créer des maillons à lasobriété exemplaire.

LeSpirit III s’inscrit dans cette démarche. La façade ne comporte,en effet, qu’un réglage de volume et un sélecteur de sources. Lesboutons en aluminium massif ont été tournés chez Ayon. La misesous tension de l’amplificateur s’effectue en basculant uncommutateur sous le châssis. Un autre commutateur, situé sur ledessus, à proximité des tubes, offre une autre fonction que l’ons’attend à trouver sur les amplificateurs vraiment aboutis, lepassage du mode pentode au mode triode des étages de puissance. Laséquence d’allumage, pilotée par un programme et des circuitslogiques, prend environ une minute, durant laquelle l’Ayon vérifiele bon fonctionnement des tubes de puissance. En effet, le circuit deprotection final ne possède pas de relais de coupure de puissancevers les enceintes : le constructeur avance que de tels relaispeuvent affecter le son. Lorsque l’on met le Spirit III horstension, il s’ensuit un processus d’extinction pouvant atteindre30 secondes, toujours dans le but de protéger les tubes. Le volumeest piloté par un microprocesseur, de -63 dB à 0 dB, au pas de 1,5dB. À chaque mise sous tension du Spirit III, le volume estautomatiquement réglé sur -40 dB. Dans cette application, lecircuit logique se limite à indiquer brièvement le niveau sur ledouble afficheur 7 segments et à commuter des réseaux derésistances : à aucun moment, bien sûr, le signal n’estnumérisé. Il s’agit d’un réglage de volume analogiqueseulement piloté par le numérique, accessible également depuis latélécommande fournie. En fait, l’amplificateur intègre deuxpuissants microprocesseurs qui gèrent tous les points importants,tels que le bias automatique des tubes, une fonction très pratique,bien que l’on puisse aussi le déclencher sur le mode manuel. Celaévite une intervention bien souvent fastidieuse à l’audiophile !Toutes les routines automatisées peuvent être modifiées en usinevia le port USB qui ne sert d’ailleurs qu’à cela : pas questionde relier une source audio sur ce connecteur.

Connectique

Le Spirit III offre le choix de quatre entrées ligne donc une sur XLR, mais celle-ci est asymétrisée en interne. Dommage ! Une cinquième entrée, Direct In, permet d’attaquer directement les étages de puissance, après avoir basculé le commutateur en position « Direct » (la position « Normal » fait fonctionner l’Ayon en amplificateur intégré). Ainsi, l’on peut insérer ce que l’on souhaite, le cas échéant, entre l’entrée « Direct In » et le « Pre Out », ou encore relier le Spirit III à un préamplificateur externe. L’Ayon propose deux impédances de sortie sur des bornes de puissance dorées, l’une pour les enceintes en 4 ohms, l’autre pour celles en 8 ohms. À gauche de l’embase IEC du secteur, munie d’un filtre, figure un commutateur, que l’on appelle un « lift de terre » chez les pros, et qui déconnecte le contact de terre de l’amplificateur, au cas où une ronflette se ferait entendre. Un voyant de vérification de la phase secteur figure à proximité.

ClasseA !

Si de nombreux circuits logiques assurent la sécurité maximale des étages de gain et facilitent l’exploitation du Spirit III par son heureux propriétaire, tout le routing audio s’effectue dans le domaine analogique, en employant des circuits courts pour éviter la perte en ligne et les interférences. Le signal traverse une double triode 12AU7 par canal, choisie pour son équilibre tonal, la beauté de la réponse dans le grave et la brillance des aigus. Puis il parvient à une pentode 6SJ7 pour augmenter le gain en tension. Ensuite, un montage déphaseur à self (de 3,5 H) attaque le push-pull de sortie, constituée d’une paire de KT88 sur lesquelles Ayon a apposé son logo : il s’agit de tubes triés en performances répondant aux critères du constructeur autrichien. Le commutateur pentode/triode situé sur le dessus du coffret agit donc sur les KT88. Sur la seconde position, l’Ayon fait preuve d’une très belle finesse et d’un suivi dynamique impressionnant. Il est temps de passer aux écoutes !

Fabrication et écoute

Construction : L’esthétique raffinée de cet amplificateur lui confère une belle touche de modernisme, semblant préfigurer des technologies que l’on va trouver à l’intérieur. Le châssis d’aluminium anodisé aux coins arrondis renferme tous les circuits annexes : ne restent visibles que les trois transformateurs et les huit tubes. La construction et la finition ne suscitent pas de critique, plutôt de l’admiration !

Composants : Le Spirit III contient des circuits de gain à tubes, mais aussi de nombreux éléments nettement plus modernes, notamment pour le contrôle de volume accessible en façade et via la télécommande. Les autres circuits gèrent la séquence d’allumage et d’extinction, ainsi que l’ajustement automatique de la polarisation des tubes des puissances, offrant là l’avantage de l’amplification à tubes sans les inconvénients.

Grave : Le Spirit III délivre un registre grave bien articulé, pouvant être rond parfois, sur le mode pentode, sans limite subjective apparente. Ce côté velouté laisse place à un comportement beaucoup plus tendu et ferme en position triode. Sur ce mode, l’Ayon perd, en principe, de la puissance, passant de 50 à 35 W par canal, mais sans le pousser à ses limites (loin de là), l’amplificateur a su parfaitement s’accommoder de nos enceintes de référence à la sensibilité de 90 dB/W/m.

Médium : En position pentode, on retrouve l’une des caractéristiques du son « tubes », soit une certaine chaleur sur les voix masculines et féminines. Le naturel se dévoile encore plus sur la position triode et la douceur laisse place à un comportement plus analytique et détaillé, mais tout aussi beau. L’Ayon met littéralement les instruments en valeur, comme les pianos et autres claviers (clavecin, orgue, synthétiseur), mais aussi les guitares acoustiques, le tout dans une belle cohérence, très musicale.

Aigu : Le registre aigu bénéficie des mêmes intentions de l’Ayon pour son respect des audiogrammes joués. Aucune agressivité ne se fait entendre, les timbres font preuve d’une belle densité, sans aucun soupçon de flou. Les harmoniques des guitares acoustiques s’égrainent joliment et, sur les cymbales, on ressent une subtile consistance qui n’apporte que plus de réalisme à la musique.

Dynamique : La réserve de puissance du Spirit III lui octroie un suivi remarquable des écarts de niveau progressifs, mais aussi soudains, des audiogrammes. On s’en rend aisément compte sur le bruit du ressac dans le petit port de Kerroc’h dont la dynamique n’a pas été retouchée, et dans les écarts de niveau spectaculaire du passage intitulé « Clerks » sur Gogol Suite d’Alfred Schnittke. Le Spirit III gagne en vivacité en position triode.

Attaque de note : La consistance et la fluidité du message musical s’accompagnent d’un bon respect des sons transitoires. On pense, par exemple, aux percussions demandant de l’énergie, et sur ce point l’Ayon ne se laisse jamais submerger, pas plus que sur le suivi de la dynamique, évoqué ci-dessus. Les attaques de notes des notes pincées sont restituées avec douceur et précision.

Scène sonore : Les concepteurs ont tout mis en œuvre pour garantir une restitution des moindres détails, grâce à une topologie sans contre-réaction des circuits de gain. Il en résulte une scène sonore s’exprimant dans toutes les dimensions, en particulier, une belle profondeur, collant aux acoustiques de salle, si différentes les unes des autres.

Transparence : Déjà très bon sur le mode pentode, où l’Ayon respecte
les timbres en leur apportant une fluidité très musicale, notamment du grave au bas médium, il fait preuve de douceur et de soyeux dans le haut du spectre, sans rien dénaturer. On ressent beaucoup d’aération dans la restitution globale, ce qui est l’apanage des très bonnes électroniques. Sur le mode triode, cette impression se confirme, voire se renforce.

Qualité/prix : Cet amplificateur intégré à la conception remarquable, tant esthétique que technique, s’inscrit dans une gamme de prix où l’on ne s’attendait pas à le trouver, pensant, a priori, que le Spirit III se situait dans une fourchette supérieure. Ce fut l’une des bonnes surprises de ce banc d’essai.

Verdict

L’Ayon Spirit III réunit la technologie des tubes dans l’audio et la haute intégration : on notera la présence de circuits intelligents de réglage de bias automatique, la séquence d’allumage et d’extinction dans le but de protéger les tubes en prolongeant ainsi leur vie, et l’agrément non négligeable d’une petite télécommande pour l’ajustement du volume. Sa musicalité attachante sur les deux modes, mais peut-être un peu plus en position triode, associée à un prix très compétitif, fait de cet amplificateur intégré une très belle réussite.

Fiche technique

Origine : Autriche
Prix : 4 290 euros
Dimensions : 480 x 370 x 250 mm
Poids : 32 kg
Entrées stéréo ligne :
4 asymétriques sur RCA et une XLR
Sortie stéréo ligne :
1 asymétrique sur RCA
Polarisation : Classe A
Puissance de sortie par canal :
50 W (pentode), 35 W (triode)
Réponse en fréquence : 12 Hz à 60 kHz
Sensibilité d’entrée : 0,6 V RMS
pour puissance nominale
Rapport signal sur bruit :
95 dB à puissance nominale