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AMPLI INTEGRE

TEAC AX-501

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La série Reference du constructeur japonais Teac présente la particularité d’accueillir un intégré entièrement consacré à la musique analogique, l’AX-501. Une démarche très puriste qui trouve, à la réflexion, une explication on ne peut plus sensée…

L’arrivée sur le marché d’une électronique qui abandonne toute possibilité de raccordement à un DAC ou de streaming audio sans fil paraîtrait pour le moins absurde si son constructeur ne s’appelait pas Teac. L’idée du célèbre fabricant tokyoïte est de pousser le mélomane à monter en qualité sans se ruiner. Certes la gamme 501 comprend déjà un intégré à DAC USB, l’AI-501DA, mais elle dispose également d’un DAC indépendant, l’UD-501, tout à fait adapté au AX-501 pour former un couple de très haut niveau sonore à coût encore serré.

Vintage et high-tech
Logé dans un châssis disponible en noir ou silver, mêlant face avant et flancs en aluminium d’une part, et assise en acier d’autre part, l’AX-501 reprend l’allure vintage de la Reference Series. Il arbore deux vumètres à aiguille rétroéclairés, deux molettes (sources et volume) en aluminium, une prise casque 6,35 mm et un interrupteur à bascule de mise sous tension. À l’arrière, la connectique exclusivement analogique, dont une entrée XLR, encadre un commutateur Auto Power Save qui met en veille l’AX-501 au bout de 30 minutes sans signal en entrée. Une télécommande reprend toutes les commandes. L’intérieur se divise en trois parties, l’alimentation linéaire à transformateur torique et diodes Schottky dont le bruit de fonctionnement est extrêmement faible, la préamplification en configuration totalement symétrique et l’amplification numérique qui a été, comme sur l’AI-501DA, confiée au norvégien Abletec. Ce module au rendement exceptionnel de 95 % est capable de délivrer 120 W sous 4 ohms pour une consommation de 0,2 W en veille. Les calories dissipées par les transistors de sortie sont principalement évacuées par la masse métallique du châssis. La sortie casque est gérée par un circuit CCLC (pour Coupling Capacitor Less Circuit), donc sans condensateur de liaison.

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Fabrication et écoute

Construction : La présentation quelque peu vintage de cet intégré lui confère un charme certain. Le constructeur n’a pas lésiné sur l’aluminium pour l’esthétique et l’acier pour la solidité du berceau principal et du renfort interne. La densité d’implantation des composants est excellente et le câblage agencé en torons véhicule les signaux en bon ordre.

Composants : Plutôt que de réinventer l’eau chaude, Teac a préféré faire appel à un spécialiste scandinave pour l’amplification numérique de l’AX-501 qui brille par des performances sonores et énergétiques de premier plan. L’ampli casque à liaison directe est un incontestable plus musical. Néanmoins et aussi puriste soit-elle, la démarche de promouvoir un intégré audiophile sans aucune interface numérique pourra déstabiliser le mélomane à l’heure de la connectivité tous azimuts.

Grave : Le potentiel de l’AX-501 dans le grave est réel. L’association d’une alimentation « traditionnelle » à un amplificateur à découpage produit des effets très positifs sur ce registre. Le grave descend avec de l’aisance (corps de la contrebasse bien structuré sur « My Treasure » par Sinne Eeg) et une certaine souplesse qui tranche avec l’articulation abrupte de la classe D premier prix. L’absence de toute rondeur emphatique donne du peps au bas du spectre.

Médium : Nous avons été très agréablement surpris par la qualité des timbres distillés par l’intégré Teac. En effet, celui-ci produit un message très dense en informations et qui perd par la même occasion énormément du côté artificiel (brillance des harmoniques, simplification du phrasé) des premières générations d’amplificateurs à découpage. Nous avons passé l’AX-501 à la moulinette sonore de la redoutable pipa de Zhao Cong sur « Moonlight on Spring River » et la surprise fut grande de constater le piqué et le fouillé de l’instrument sans verdeur additionnelle comparée à notre intégré analogique repère.

Aigu : La bande passante de l’appareil apparaît subjectivement large aux deux extrémités. Les harmoniques supérieurs ne sont pas oubliés, notamment sur l’entrée XLR, et même s’ils manquent d’un zeste d’épaisseur dans l’absolu, ils délient de manière assez convaincante le message. Les cuivres de la batterie (« My Treasure » par Sinne Eeg) libèrent des sonorités particulièrement ciselées après chaque frappe de baguette et rendent correctement compte de la matière dont ils sont faits.

Dynamique : Les caractéristiques techniques indiquent que la puissance en sortie de l’AX-501 double si la charge diminue de moitié, ce qui indique que l’intégré dispose d’une bonne réserve de courant. Il suffit d’écouter une piste riche en transitoires comme « Animal » par Francis Cabrel pour s’en rendre compte, où les impacts de baguettes sur les toms de la batterie génèrent des montées en régime très vives. Les micromodulations (introduction au clavecin de « Ha Vinto Amor » interprété par Simone Kermes) sont reproduites avec une large palette de variations d’amplitude sans avoir à pousser le volume, et ce sur les deux types d’entrée.

Attaque de note : Nous évoquions plus haut la souplesse de l’AX-501 dans le rendu du grave. Il s’agissait en vérité de mettre l’accent sur le fait qu’il démarre vite et donc qu’il génère un dégradé harmonique régulier et plutôt bien documenté, ôtant ainsi la sensation de sécheresse de la classe D des débuts. L’intégré Teac est vif et réactif, il ne bafouille pas sur les messages complexes. Les choristes sur « Moonlight on Spring River » restent distincts et correctement détourés (léger avantage à l’entrée XLR). Enfin, il ne donne jamais l’impression de franchir la zone rouge quand on écoute à niveau élevé. La basse synthétique sur cette même piste conserve une articulation très satisfaisante quand on monte le volume.

Scène sonore : L’impression d’aération et par voie de conséquence de spatialisation est étonnante à l’écoute du Teac. C’est le résultat de sa bande passante étendue conjugué à son excellente réactivité. L’analyse bien dosée entre fondamentales et harmoniques libère un maximum d’informations annexes à la partition (ambiances, réverbérations, bruits divers) qui donne vie à chaque performance. Et surtout on apprécie les proportions réalistes de la scène y compris en profondeur : cette profondeur qui est longtemps restée la bête noire de l’amplification à découpage.

Transparence : D’un point de vue général, l’AX-501 propose une écoute vivante, aérée et musicale. Il affiche une justesse de timbres enviable et un bel équilibre tonal qui le rendent particulièrement séduisant à l’écoute. Le léger manque de matière que nous avons relevé dans le haut n’est qu’une affaire de goût, étant entendu que notre compte-rendu d’écoute est un avis donné à partir d’un système repère et d’un rédacteur donnés.

Qualité/prix : Cet intégré uniquement équipé d’entrées analogiques ressemble à une tache d’encre sur une feuille de papier. Développé par un des leaders actuels en matière d’électronique et notamment d’électronique numérique, ça ressemble plus à un challenge. Effectivement le constructeur a souhaité proposer cet intégré minimaliste à vocation audiophile pour ceux qui ont déjà un équipement numérique externe. Une démarche osée en 2014, mais qu’il faut saluer d’autant plus que le prix proposé reste tout à fait raisonnable au vu des performances techniques et musicales.

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Verdict
Le constructeur japonais prend tout le monde à revers en proposant cet intégré AX-501 sans entrée numérique. Il a donc mis l’accent sur la musicalité, le design et l’ergonomie pour cet appareil puissant et énergique qui ne prend que très peu de place. L’AX-501 ouvre ainsi la porte du monde sonore de Teac aux mélomanes déjà pourvus en équipements numériques et qui ne souhaitent ni dépense superflue ni redondance entre appareils. Doté d’un excellent rapport qualité/prix, il y a fort à parier que, demain, beaucoup auront un Teac au logis.

Fiche technique
Origine : Japon
Prix : 849 euros
Dimensions : 290 x 82 x 264 mm
Poids : 4 kg
Puissance nominale : 2 x 60 W/120 W (8/4 ohms, 20 Hz à 20 kHz)
Réponse en fréquence : 10 Hz – 60 kHz à - 3 dB
Distorsion : < 0,05 % (55 W/4 ohms/1 kHz)
Sensibilité : 300 mV (RCA ligne), 1,2 V (XLR ligne)
Entrées analogiques : 3 RCA (ligne), 1 XLR (ligne)
Sorties analogiques : 2 paires fiches HP