Bannie_re_provisoire

AMPLI INTEGRE

VAC SIGMA 160I

46

La marque VAC réapparaît en France grâce à L’Exception Musicale. L’intégré Sigma 160i est l’entrée de gamme et le seul intégré au catalogue du fabricant de Sarasota, en Floride, qui a privilégié la célèbre tétrode KT88 pour l’étage push-pull de sortie.

Acronyme de Valve Amplification Company, la société VAC a été créée en 1990 par Kevin et Channing Hayes, père et fils. Basée en Floride, elle emploie une vingtaine de personnes. L’entreprise a commencé à établir sa réputation dans le milieu de la haute-fidélité en signant un contrat en 1995 avec Marantz Japon pour relancer la fabrication de modèles classiques (préampli 7, bloc stéréo 8B et bloc mono 9) sous la dénomination Marantz Classic. Les ingénieurs de VAC dupliquèrent à l’identique ou presque (il fallait prendre en compte les nouvelles réglementations sur la sécurité électrique) les originaux au mode de câblage et au composant près. La réédition Marantz Classic du Model 9 fut l’amplificateur le plus vendu au Japon en 1997, tous modèles confondus ! Le contrat prit fin en 1998. Entre-temps, VAC avait commencé à développer ses propres modèles, les premiers furent les blocs de puissance PA45 et PA90 lancés en 1990.

Puissant mais fiable
Le Sigma 160i est un intégré capable de délivrer plus de 80 W par canal à partir d’un simple push-pull de tétrodes KT88SC. Ces tubes d’origine chinoise sont des copies exactes des célèbres Gold Lion britanniques, SC signifiant Strict Copy, et peuvent délivrer jusqu’à 120 W en classe AB1. Le constructeur aura donc pris soin de ne pas trop pousser les tubes pour garantir une fiabilité et une durée de vie maximales. L’appareil est logé dans un châssis réalisé à partir d’un berceau en tôle d’aluminium pliée et soudée aux angles et d’un fond démontable également en aluminium. L’ensemble est peint en noir mat vermiculé, la face avant est disponible en noir brillant ou en silver. Elle reçoit quatre molettes, dorées quand la face est noire ou silver dans l’autre cas, placées deux à deux autour du logo rétroéclairé VAC central. De gauche à droite, on trouve la sélection d’une des quatre sources dont une phono MM de série, le volume, la sélection indépendante d’une entrée baptisée « Cine » qui contourne la section préamplificatrice et de gain 0 dB, et la mise sous tension. Deux options sont disponibles, à savoir la mise en place d’un étage phono MC en interne et la présence d’une entrée symétrique XLR, dont était équipé l’exemplaire en test. De ce fait, la première molette comporte cinq positions. L’arrière est pourvu d’une connectique Cardas pour les fiches RCA et haut-parleurs, et Neutrik pour l’entrée XLR. Un interrupteur permet d’éteindre l’illumination du logo. Une télécommande dotée d’une touche de mise en sourdine duplique le contrôle du volume. Les tubes et les transformateurs débouchent au-dessus du boîtier. Ces derniers (au nombre de trois) sont abrités sous deux imposants capots, un pour l’alimentation et un pour les deux transformateurs de sortie. On ne dénombre pas moins de onze tubes au total, soit quatre tétrodes KT88SC et sept doubles triodes dont quatre N.O.S JAN6189W (équivalent à la 12AU7) d’origine Philips ECG USA, deux 12AX7 de fabrication récente a priori dédiées à la section phono RIAA et une ECC83S de provenance JJ. Toute la préamplification ligne (gain et driver) est assurée par des triodes en liaison directe, structure dont on connaît la linéarité et la musicalité. Les composants de l’alimentation, séparée pour le préampli, et des étages audio sont installés sur deux circuits imprimés. Leur implantation sur les cartes tient compte de l’éventuelle influence mutuelle avec les composants voisins. Les signaux issus des connecteurs ou adressés vers eux ainsi que ceux en provenance des organes de commande de la face avant sont véhiculés par des conducteurs torsadés câblés au plus direct. La présence de transformateurs Lundahl – deux LL1544A (transformateur désymétriseur) et deux LL9206 (transformateur élévateur pour cellule MC d’impédance moyenne à haute) – est le signe de l’installation des options entrée XLR et phono MC respectivement.

47

Fabrication et écoute
Toutes nos écoutes ont été réalisées à partir de CD, nous ne disposions malheureusement pas de platine vinyle pour effectuer des écoutes sur l’entrée phono.

Construction : La prise en main au sens propre du Sigma 160i donne confiance. L’appareil est fabriqué selon la tradition américaine du matériel qui résiste à toute épreuve. La finition originale du châssis en peinture mate et vermiculée confère un look aux accents professionnels. L’intérieur fait tout de même un peu désordre avec tous ces câbles tirés au plus court et donc au plus direct. Certaines décisions d’implantation, comme celle de raccorder par paire torsadée chacune des entrées vers le sélecteur en face avant, bénéficieraient peut-être à être reconsidérées.

Composants : L’ésotérique pour l’ésotérique n’est pas de mise chez VAC qui préfère des composants classiques mais réputés pour leur fiabilité et leur musicalité. On apprécie le choix des résistances de marque Dale, de la connectique Cardas de haute qualité et de certains tubes N.O.S installés à des endroits stratégiques du schéma. Le choix de l’aluminium pour le châssis évite les phénomènes de perturbation d’ordre magnétique.

Grave : Le push-pull de KT88 dispense un excellent travail dans la reproduction des premières octaves. Le registre de grave est restitué avec une grande tension des notes et une articulation de belle facture. Sur « Moonlight on Spring River » par Zhao Cong, la basse synthétique est distillée avec de l’autorité, sans aucune emphase particulière. Les haut-parleurs sont ainsi bien contrôlés. L’extrême grave est discret mais l’épaisseur du message dans le grave procure déjà une assise convaincante.

Médium : Le Sigma 160i ne peut longtemps cacher son incontestable personnalité. La balance tonale n’est pas totalement linéaire et, à l’écoute, ça se traduit par une légère accentuation de la zone médium autour de 2 kHz environ. Un subtil effet de présence s’ajoute au message par ailleurs bien timbré et bien nuancé. Sur « My Treasure » par Sinne Eeg, la chanteuse scandinave semble plus proche de nous et cette proximité virtuelle illumine quelque peu la performance. On ne perd par ailleurs rien des intonations et des variations de sa voix qui ne revêt aucun caractère chaleureux.

Aigu : L’extension dans les hautes fréquences du VAC ne correspond pas vraiment à ce qu’indique la fiche technique de l’appareil. Le dégradé harmonique reste très cohérent en termes d’amplitude par rapport au rang, à l’exception près des harmoniques supérieurs qui paraissent rabotés. Même si cela se ressent dans les extinctions de notes moins chatoyantes qu’à l’accoutumée, le socle fondamental de celles-ci n’est jamais entamé et permet de préserver une limpidité tout à fait satisfaisante au message. La pipa de Zhao Cong sur « Moonlight on Spring River » s’étoffe un soupçon d’épaisseur subjective tout en se libérant d’un zeste de l’acidité qu’on lui connaît habituellement.

Dynamique : Sur ce critère aussi, le Sigma 160i marque son territoire et se distingue de pas mal de ses confrères à KT88 et autres push-pull par une dynamique revigorante et musclée. Sur la piste « Animal » par Francis Cabrel, les impacts de la boule sur la grosse caisse n’ont intrinsèquement pas grand-chose à envier à ceux qu’imprime notre bloc stéréo repère à transistors. Le poids de la boule percutant la peau est particulièrement bien rendu et on se laisse aller à monter le niveau. La répartition modulatoire à bas niveau d’écoute s’avère satisfaisante avec une bonne lisibilité.

Attaque de note : Le caractère volontaire ressenti en termes de dynamique se retrouve également au niveau de la spontanéité avec laquelle l’intégré VAC restitue les partitions. Les attaques de notes sont nettes et franches, la répartition harmonique se libère en insufflant de la matière et de la texture au message. Le filé est un poil mesuré dans le haut du spectre, mais la résolution subjective s’avère convaincante et crédible, à défaut d’être ultra-haute. Mais l’écoute du Sigma 160i s’apprécie précisément par la synthèse musicale imprégnée d’authenticité de son message, par son expressivité loin des fouillés chirurgicaux et décharnés des amplificateurs « hifi ».

Scène sonore : On note sur ce critère quelques différences avec ce que nous avons l’habitude d’entendre, mais cela ne signifie en rien que le VAC soit en décalage avec la vérité. Quelle vérité d’ailleurs ? La distance entre l’interprète et l’auditeur a légèrement diminué, ce qui n’est pas pour déplaire. Quand Patricia Barber interprète « Gotcha » en live, nous nous trouvons plus près de la scène, l’effet de présence constaté dans la zone médium accentue l’illusion d’être sur place. Les proportions spatiales sont respectées, la localisation des artistes est aisée, les plans sonores sont étagés avec une excellente précision. L’image stéréo se positionne de manière stable selon les données contenues dans le support, signe d’une excellente neutralité de comportement.

Transparence : L’intégré américain n’est assurément pas le plus transparent des amplificateurs à tubes que nous ayons testés. En revanche, c’est un de ceux qui nous a le plus interpellés et le plus séduits grâce notamment à son équilibre tonal légèrement différent. La légère mise en avant dans le médium favorise une restitution plus atmosphérique et plus présente, aux antipodes des écoutes académiques, tirées au cordeau et forcément ennuyeuses de nombreuses électroniques plus alléchantes sur le papier. Le Sigma 160i assume cette « différence », notamment sur les partitions modernes qu’il endiable avec beaucoup de classe.

Qualité/prix : Les push-pull de tubes en général et de KT88 en particuliers sont assez nombreux sur un marché où on les trouve dans une tranche de prix allant du simple au décuple. L’intégré VAC se détache techniquement de la moyenne avec entre autres une puissance efficace élevée, une entrée phono MM de série et des détails techniques dont des tubes N.O.S, qui importent sur les résultats finaux d’écoute. La somme demandée n’est pas anodine, mais le Sigma 160i dispose d’arguments sérieux pour la justifier.

48

Verdict
Cela faisait longtemps qu’un VAC n’avait pas atterri à la rédaction. Cette reprise de contact par l’intermédiaire de l’intégré Sigma 160i aura été très positive. Nous avons en effet découvert une électronique à la conception robuste, endurante, dont la musicalité tout à fait excellente s’appuie sur des prestations dynamiques solides et un équilibre tonal assumé. L’appareil chante dans le sens charnel du terme, et c’est pour cela que la séduction opère. Peut-être plus rock’n’roll que lyrique mais toujours expressif. À découvrir !

Fiche technique
Origine : États-Unis
Prix : 11 750 euros
Dimensions : 457 x 201 x 458 mm
Poids : 30 kg
Puissance nominale : 2 x 86 W en classe A (2, 4 et 8 ohms)
Réponse en fréquence : 13 Hz – 70 kHz
Entrées : 1 RCA phono MM (MC en option), 3 RCA (ligne),