Bannie_re_provisoire

AMPLI PREAMPLI CONVERTISSEUR
& AMPLIFICATEUR DE PUISSANCE

VIOLA AUDIO LABORATORIES
CRESCENDO & FORTE

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Dans le monde des électroniques d’exception qui résonnent avec bonheur à l’oreille des audiophiles, Viola Audio Laboratories occupe une juste place. Ses deux fondateurs, Paul Jayson et Tom Colangelo, ont fait leurs armes avec le légendaire Mark Levinson des années 70. Cette chose entendue, on tend volontiers une oreille plus attentive…

L’ensemble que nous présentons aujourd’hui est constitué d’un préamplificateur convertisseur Crescendo et d’un jeu d’amplificateurs de puissance Forte. Rendons à César ce qui lui revient de droit. Le vocabulaire est indéniablement bien choisi si l’on se reporte au tempérament de ces électroniques. Le Crescendo apporte un réglage du volume digital avec grande précision. Il embarque également un convertisseur de haute capacité. Les blocs compacts sous lesquels se présentent les amplificateurs Forte montrent une énergie surprenante et une tenue des transitoires impressionnante. L’ensemble peut naturellement être utilisé traditionnellement en bi-amplification avec un amplificateur dédié par canal où les 75 W nominaux sous 8 ohms sont alors réservés à chaque enceinte. Il est également possible pour piloter des enceintes plus gourmandes de combiner (bridger) les deux amplificateurs en chaîne pour obtenir une sortie de 300 W sous 8 ohms. Dans cette configuration ultra-musclée, pour bi-amplifier la solution, il sera donc nécessaire de passer de 2 à 4 amplificateurs Forte. Outre la puissance affichée, la finition de l’ensemble invite au rêve.

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Préamplificateur et convertisseur Crescendo
Si l’on se reporte aux spécifications, on découvre que le Crescendo a été usiné directement dans la masse au laser. Dépourvu de commande traditionnelle, un tableau de commande sensitif rétroéclairé siège en façade. Très haut de gamme, l’appareil se veut totalement moderne et, disons, presque geek. Livré avec son Apple iPod en guise de commande à distance, il se pilote par une application en Wi-fi. N’attendez donc pas de commande à distance traditionnelle, il n’y en a pas ! La connexion Wi-fi est ad hoc ou intégrable sur un réseau Wi-fi domestique. Le Crescendo offre la commutation des sources et la gestion du volume depuis cette petite application. Ergonomique et ne nécessitant aucun apprentissage, elle remplit donc parfaitement son rôle. Le convertisseur embarqué est quant à lui discret, parfaitement intégré et totalement automatisé en commutation de fréquence. Les sorties analogiques sont également généreuses en proposant des voltages confortables avoisinant les 7,3 V en asymétrique (RCA) ou 14,6 V en symétrique (XLR).

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Amplificateur Forte
Le bloc d’amplification mono Forte se présente comme un bloc compact. Au premier regard, vu la taille, on peut s’interroger sur sa puissance. Une fois branché, tout doute disparaît très clairement de l’esprit ! Viola annonce flegmatiquement que les données sont « conservatives » et que le Forte « les dépassera confortablement dans la grande majorité des cas ». A l’écoute, nos craintes se sont plus portées à ménager les enceintes plutôt que d’imaginer empiler deux blocs mono… Cette électronique d’exception saura bouger l’enceinte domestique la plus capricieuse sans aucune difficulté. Si les watts sont conservatifs, les volts-ampères délivrés le sont bien moins ! La bande passante annoncée est importante et largement suffisante pour couvrir le spectre audible avec 5 Hz-100 kHz à -3 dB. De même, le bruit perceptible à vide est extrêmement faible avec un rapport signal/bruit de -105 dB.

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Description générale
Le préamplificateur Crescendo est équipé de nombreuses entrées et sorties à l’arrière de l’appareil. Trois entrées analogiques symétriques sur prises XLR, 3 entrées asymétriques sur prises RCA constituent le cœur de connectivité analogique de l’appareil. On pourra donc brancher jusqu’à 6 équipements analogiques plus un ensemble d’appareils numériques. Une prise USB est disponible pour accueillir un ordinateur, une prise RCA en S/PDIF est également disponible, mais cette dernière n’est pour le moment pas active. Du côté des sorties, on trouve un jeu de prises asymétriques RCA, un jeu de prises symétriques XLR et un jeu de RCA pour un enregistreur à brancher en parallèle.

Les entrées numériques
Si le cœur du Crescendo gère l’analogique avec brio, sa section numérique n’est pas en reste. Outre la connectivité S/PDIF permettant de relier par exemple un transport CD/SACD, une prise USB pour ordinateur est présente. Nous n’avons pas pu tester l’entrée S/PDIF, car la version de logiciel embarqué dans notre préamplificateur ne permettait pas d’activer l’entrée. Du côté informatique, reliée à un couplage USB 2.0 d’origine XMOS, la prise de type A offre le monde de la haute définition au Crescendo. La musique dématérialisée devient accessible à partir d’un PC ou d’un Mac. Elle est reproduite pour les formats de fichiers allant jusqu’à 24/192 kHz.

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Fabrication et ecoute


Construction : Le préamplificateur convertisseur Crescendo est construit dans les règles de l’art. Usiné et chanfreiné avec grand soin, il présente une forme artistique qui certes ne s’accordera pas forcément avec tous les intérieurs, mais dénote d’une réelle exception. Le soin apporté également à la connectique de ce bloc de presque 12 kg est impressionnant. Même les prises, fournies par WBT, sont d’exception. Le refroidissement passif, géré naturellement par le bloc d’aluminium qui sert de châssis, est complété par un effet de cage de Faraday exceptionnel qui isole au maximum l’électronique des perturbations extérieures. A l’intérieur, une cloison dans la masse est également aménagée pour isoler la section d’alimentation du reste des composants. Si le bloc Forte est quant à lui plus traditionnel sur la forme, la finition est également excellente. Les ouvertures ménagées sur le dessus du capot offrent une ventilation suffisante en fonctionnement. Après une bonne séance d’écoute, la chauffe observée garde une température permettant toujours de toucher l’appareil sans se brûler. Voilà qui est bon signe si l’on veut camoufler les blocs mono dans un meuble, par exemple. Avec ses 15,9 kg, il offre une bonne assise et une rigidité suffisante pour faire face aux vibrations.

Composants : Le Crescendo est construit à l’aide de composants choisis de manière totalement symétrique. Le filtrage de l’alimentation est réalisé par deux condensateurs de taille généreuse de 22 000 µF, puis régulé. Chaque entrée ou sortie est confiée à un module d’adaptation de gain et d’impédance dédié surmonté par son propre radiateur. La section numérique est, comme nous l’avons souligné, conçue autour d’un couplage XMOS en USB 2.0 qui va diffuser le flux numérique vers un convertisseur d’origine Texas Instruments Burr Brown 1796. L’amplificateur Forte est quant à lui une version issue des travaux sur les plus gros appareils de la marque, comme le Symphony ou le Legacy. Une architecture symétrique avec deux gros transformateurs pour délivrer une quantité de courant instantané importante compose l’alimentation. Le filtrage est réalisé par deux grosses capacités d’excellente facture. L’amplification du signal en push-pull est confiée à un jeu de transistors de manière relativement traditionnelle.

Grave : L’apanage de ce genre d’électronique est d’apporter une résolution et une fermeté du grave très proche du naturel. Les blocs de puissance réagissent avec une grande vélocité en offrant un registre grave d’une grande élégance. La pré-amplification ne laisse échapper aucune micro-information, apportant un sens du détail et une enveloppe étonnants. Fait remarquable notamment sur les attaques de piano à la main gauche. Finalement, pour résumer, la bande passante descend avec grande justesse sans renflement ni sensation de manque réellement très bas…

Médium : Composant essentiel du ressenti, le médium est ici d’une limpidité et d’une clarté sans réel défaut. Les timbres des différents instruments sont reproduits avec une grande justesse. Ils sont reproduits sur les PEL du système d’écoute avec une précision permettant une analyse des notes très précise, mais sans aucune sensation de dureté numérique ou analytique. Les voix sont fidèles et sans accentuation, tant pour une voix chaude comme celle de Rachelle Ferrel que pour celle d’une soprano comme Véronique Gens. Enfin, les applaudissements et les ambiances de salles sont reproduits avec un naturel confondant.

Aigu : Pris à part, le préamplificateur branché sur les blocs de puissance de notre système de test montre une grande capacité de résolution. Mis bout à bout avec les amplificateurs Forte, l’équilibre est parfait. Dépourvue de toute agressivité, cette combinaison d’électronique offre une très belle image sans sensation de crispation. Les petites informations qui contribuent à rendre naturel la restitution sont dispensées à point nommé, pourvu que les enceintes puissent en capter la subtilité. La résolution est tout bonnement exceptionnelle et transparaît sur les masses orchestrales, notamment par la distinction fine ressentie sans effort entre cor, trompette et basson.

Dynamique : Les amplificateurs Forte affichent des performances théoriques à la hauteur de ce qu’ils montrent à l’écoute. La puissance délivrée trace la moindre inflexion de message sonore ! La réserve de courant est là et bien là, on s’inquiétera à fort volume plus pour les enceintes que pour ce système d’exception. Sur la Symphonie fantastique de Berlioz par le SCO, la réaction est instantanée, présentant notamment sur les forte une impression de réalisme étonnante. Nous avons noté également la sensation de dynamique présente même à faible volume. Elle traduit avec justesse l’enveloppe sonore des grosses caisses, timbales et contrebasses.

Attaque de note : Si la dynamique est importante, la rapidité du système l’est également. La précision et la vitesse de montée offrent une image vivante et réaliste digne d’une réelle scène de concert. L’image se trouve renforcée par la capacité en résolution d’une amplification musclée de grande classe. Les nuances ne sont d’ailleurs pas en reste. On s’attend souvent à quelques défauts sur les cuivres et les cordes, qui sont ici presque absents. La trompette est sans agressivité, posée presque note à note, le frappé du piano reproduit avec grande exactitude, et le frotté de corde d’une grande fidélité.

Scène sonore : La scène sonore s’impose en largeur en présentant un positionnement des instruments dans l’espace très précis. Crédible, elle ne s’étale pas d’une manière renflée vers l’avant ou l’arrière. Les différents rangs d’orchestre sont facilement identifiables, bien situés dans l’espace tant en largeur qu’en profondeur. Les micro-informations participent activement à la sensation de justesse sonore. Au final, que l’on écoute une petite scène feutrée style cave de jazz, une prise studio ou une grande masse orchestrale, l’ambiance à laquelle on s’attend semble toujours correspondre au plus juste.

Transparence : A ce niveau de fabrication, on s’attend à une prestation d’exception dans ce registre. Les électroniques Viola s’en acquittent clairement avec une redoutable aisance. Le spectre sonore s’étale sans sensation de renflement ou de manque tant en bas qu’en haut. Les extrêmes restent fermes et sans distorsion audible en montrant clairement une bande passante excellente. Nous avons également noté le gain perçu avec les plages en haute définition. Il subsiste, tout au plus, la légère acidité habituelle du couplage USB XMOS. Cette dernière peut d’ailleurs être tempérée en choisissant un lecteur dématérialisé adéquat.

Qualité/prix : Viola Audio Laboratories montre avec le Crescendo une prestation de haut niveau et, avec le Forte, un amplificateur ultra-musclé pour sa taille. Arrivé à ce niveau de finition, au soin apporté à la sélection des composants et au rendu sonore, il semble difficile de parler dans l’absolu de rapport qualité/prix. L’ensemble répond très clairement au cahier des charges qui se veut de restituer la musique avec le plus grand naturel et la plus grande transparence possible. Avec ces types d’appareils, on est plus dans le domaine de la passion sans concession !

Verdict

Viola Audio Laboratories, dont l’équipe a donné vie aux électroniques Mark Levinson et Cello par le passé, offre aujourd’hui une gamme de produits ultra-performants. Si la construction des Forte est plus classique, le Crescendo mérite quant à lui qu’on s’y arrête, combinant à la fois modernité et technologie. A ce niveau de prix, on est clairement dans l’exception, dans le parfait, au soin du détail allié au goût de l’auditeur. Ces électroniques typées, dont la transparence est exempte de tout défaut d’accentuation d’une partie du spectre sonore, offrent une restitution claire et dynamique. Dépourvues de toute agressivité, elles dispensent un flux musical avec un naturel confondant, le médium restant toujours en place et réellement très agréable.

Fiche technique
Crescendo
Origine : Etats-Unis
Prix public : 20 659 euros
Dimensions : 44,5 cm x 8,9 cm x 38,1 cm
Poids : 11,3 kg
Impédance d’entrée : 1 M (asymétrique) 40 K (symétrique)
Impédance de sortie : 100 ohms
Gain maximum : 16 db-26 db
Niveau de sortie : 14,6 Vrms symétrique, 7,3 Vrms asymétrique
Réponse en fréquence :
20 Hz à 20 kHz ± 0,2 dB
THD : < 0,01 %
@ 20 kHz 1 V en entrée
Niveau de bruit : > -90 dBv 10 Hz – 22 kHz
Forte
Prix public : 16 640 euros
Dimensions : 22,5 cm x 11,0 cm x 42,3 cm
Poids : 15,9 kg
75 W par canal sous 8 ohms
20 Hz à 20 kHz, THD < 0,25 %
150 W par canal sous 4 ohms
20 Hz à 20 kHz, THD < 0,5 %
Impédance d’entrée : 1 M
Réponse en fréquence : 10 Hz - 20 kHz ± 0,15 dB à 1 W sous 8 ohms
Bande passante : 5 Hz – 100 kHz +0, -3 dB
Rapport signal/bruit : -105 dB @ 1 kHz 75 W