

Nelson Pass est un maître incontesté de l’amplification à transistor, marquant son époque grâce aux électroniques portant son nom. Pass Labs perpétue cette tradition de l’amplificateur en classe A à la fois généreux en courant, fin et délié, prêt à répondre à toutes les demandes des enceintes. Un classique fait pour défier le temps !
Très appréciés à Haute Fidélité, le modèle INT-250 (n° 234) de 250 W avait impressionné, alors que le petit INT-25 (n° 245) délivrant 25 W en classe A symbolisait le savoir-faire de Pass. Sans renier son air de famille, l’INT-60 se situe au juste milieu, lui aussi testé il y a dix ans, qu’il est bon de redécouvrir relié aux sources actuelles en haute résolution. Sous son allure classique d’intégré à l’ancienne, il fournit 60 W mais surtout du courant en permanence. Dépourvu de circuit numérique mais superbement taillé dans l’aluminium, il peut devenir la pierre angulaire de votre chaîne, loin des modes changeantes et volages. Action !
Épaisse façade sculptée dans l’aluminium brossé, coup de gouge courant sur la largeur logeant les six petites touches à impulsion (power, entrées 1 à 4, mute), large potentiomètre de volume, affichage fluorescent du niveau, logo gravé dans la masse, et hublot central au halo bleuté : les codes esthétiques des gros intégrés Pass Labs sont immuables. Mais la stature de l’INT-60 (54 cm de profondeur !) et un poids de plus de 42 kg surprennent pour la puissance annoncée, qui est polarisée en classe A jusqu’à 30 W, autant dire la majorité du temps, ce que laisse deviner la chaleur dégagée par les volumineux dissipateurs.

Le grand galvanomètre central indique le courant de polarisation, et visualise que l’amplificateur fonctionne en pure classe A sur les 30 premiers watts tant que l’aiguille ne dépasse pas le centre, passant en classe AB ensuite jusqu’à la puissance maximale de 60 W en continu. Ceci arrive très rarement, même sur des enceintes d’un rendement moyen de 88 dB, actant une polarisation élevée la majorité du temps. Le schéma est développé par le fidèle Wayne Colburn, qui avait déjà mis au point le célèbre Pass Aleph, spécialiste également des circuits de préamplification. La plus grande plage de fonctionnement en classe A réduit la distorsion gênante et contrôle mieux les haut-parleurs, pour une fidélité musicale incomparable.
S’inspirant des étages de sortie du bloc de puissance Pass XA-60.8, l’architecture interne dévoile une batterie de 10 transistors IRFP 240 Mosfet par canal, refroidis par les énormes dissipateurs latéraux, dans une configuration à trois étages à couplage direct. Le transformateur toroïdal de 1 000 VA dispose d’un blindage électrostatique en mumétal, avec une imprégnation sous vide et un remplissage époxy, de plus amorti par un joint caoutchouc. Le redressement est suivi d’un filtrage de 12 condensateurs 63 V par canal, qui constituent une belle réserve d’énergie, largement dimensionnée.
La préamplification de l’INT-60 inclut un circuit de contrôle du volume sur une plage de 63 dB, par pas de 1 dB, piloté par un microcontrôleur qui lit l’encodeur optique servant à la commande de niveau. De cette façon, le volume des deux canaux symétriques est d’une acuité supérieure, assurant un réglage du niveau précis et une réjection en mode commun élevée. De plus, à aucun moment le signal n’interfère avec les signaux de commande numériques, gérés par une alimentation séparée totalement isolée. L’étage d’entrée utilise des transistors Toshiba New Old Stock dans un mix de différents types, qui intègre un montage cascode.
Il faut mentionner la grande transparence de l’INT-60, qui sublimera une source et un DAC de course par sa définition et son sens du legato. La signature tonale expose une large bande passante, qui descend et monte de façon étendue, sans effet loudness, avec une mention spéciale au médium-aigu d’une légèreté et d’une finesse rares. C’est flagrant sur un morceau qui ne pardonne pas l’à-peu-près, sous peine de pauvreté musicale, comme le Jordi Savall « El Cancionero De La Colombina » par Hespèrion XX (Astrée) ; il se pare ici d’une justesse somptueuse dans la nature des instruments à cordes et des voix, en exprimant toute leur délicatesse, et in fine leur beauté. Idem sur l’accordéon de Daniel Mille sur l’album L’Attente, qui résonne et vibre devant nous de sa présence comme rarement, à l’instar de la voix de Rolando Faria sur « Chiquilin de Bachin », tellement vibrante et poignante. Réalisme et finesse s’accordent à merveille, sans caractère mat.
Grâce à sa réserve en courant de 30 ampères, l’INT-60 est à l’aise dans toutes les situations, en délivrant son énergie également dans le grave dont on ressent en permanence la puissance, sans jamais être monocorde. La réserve est disponible à tout moment, comme lorsqu’entre en jeu le pupitre des contrebasses sur la Symphonie n° 6 dite « Pastorale » de Beethoven, par le Berliner Philharmoniker, totalement lisible et présent, sans imprécision (ce qui est rare), apportant de la consistance à cette superbe interprétation dirigée par Karajan. Sur les envolées rythmiques, l’amplificateur suit sans faiblir pour des crescendos puissants, ne coinçant pas sur les pointes. La restitution impose une aisance souveraine, propre aux électroniques bien alimentées, malgré une puissance sur le papier assez modeste, mais suffisante même pour des enceintes exigeantes comme les TAD CE1.

Le Pass éclaire sous leur meilleur jour les passages musicaux les plus complexes, en exposant la scène sonore dans ses réelles dimensions et dans toutes les directions, pas seulement droite/gauche. Cet intégré traduit surtout l’impression perceptible d’air qui enveloppe les musiciens, qui ne jouent pas dans une chape de plomb, mais au contraire en relation les uns avec les autres, parfois avec beaucoup d’évanescence, d’abandon, car il ne gomme pas les micro-informations présentes dans la musique. Écoutez le magnifique album de Didier Lockwood Round about Silence sur le Pass, vous comprendrez et vous penserez sans doute : quel magnifique violon, quelle sensibilité et quelle beauté, c’est juste émouvant ! Seule une électronique de grande classe y parvient vraiment.
À 12 500 euros, l’INT-60 se situe dans le cœur stratégique du haut de gamme, celui qui évite d’être trop inaccessible. Au contraire d’un tout-en-un embarquant des étages numériques, commodes mais inévitablement source de bruit, complexes à bien maîtriser et à la merci d’une évolution technologique future, le Pass se contente d’être un excellent amplificateur analogique, complet, puissant, fabriqué pour durer des décennies, et surtout doté de l’ADN Pass, qui l’assure d’être un des meilleurs choix à ce budget.
Pass Labs a conçu ses trois intégrés en souhaitant se rapprocher au plus près de ses éléments séparés, ce que la marque américaine installée à Auburn en Californie parvient à faire avec panache. Bien entouré, l’INT-60 sera la pierre angulaire d’une installation haut de gamme où il exprimera sa vie, son énergie et sa finesse de timbre, en perpétuant cette sensibilité unique propre à la pure classe A. Alerte et musical en toutes circonstances, cet intégré est construit pour être aimé longtemps.
Timbre
8
Dynamique
8
Scène sonore
8
Qualité / prix
7
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Finition : silver
Garantie : 3 ans
Dimensions (L x H x P) : 483 x 195 x 540 mm
Poids : 42,2 kg
Puissance : 2 x 60 W (8 ohms)
2 x 120 W (4 ohms)
2 x 240 W (2 ohms)
Bande passante : 0 Hz — 80 kHz (-6 dB)
Gain : 30/36 dB
Courant : 30 ampères
Facteur d’amortissement : 150
Entrées Ligne stéréo : 4 x RCA, 2 x XLR
Sorties préampli stéréo : RCA & XLR
Borniers : Furutech

