

Le Diablo multi-récompensé s’enorgueillit d’une grande aura chez Gryphon, tant il représente un symbole d’excellence du constructeur danois. Succédant au Diablo 300 de réputation mondiale, cet intégré 333 conçu et fabriqué au Danemark profite des nouvelles avancées du très haut de gamme actuel. 333 comme 333 watts, tout simplement !
Depuis l’essai du Diablo 300 paru dans Haute Fidélité n° 212 en 2015, célébrant les 30 ans de Gryphon fondé par Flemming Rasmussen en 1985, le nouveau Diablo 333 a fortement progressé, sur tous les plans. Fruit de l’évolution permanente, il profite des nouvelles avancées du haut de gamme actuel Apex et Commander, dans l’esprit du nouvel Antileon Revelation qui a fait forte impression à Munich. Gryphon s’est surpassé pour y parvenir grâce à l’ingénieur Tom Moeller, et à la sensibilité artistique du fondateur qui l’a dessiné, ainsi qu’aux technologies de pointe utilisées pour les composants.
Il est en l’archétype de l’intégré puissant, car le Diablo original lancé en 2005 avait pour objectif d’offrir des performances techniques et musicales égales voire même supérieures à des éléments séparés de haut niveau. C’est bien toujours le cas, au prix d’une stature imposante de plus de 50 kg, mesurant 468 x 245 x 472 mm (L x H x P).
Son allure sophistiquée s’organise autour de la forme triangulaire de sa façade, maintenant en verre trempé de 4 mm, intégrant l’écran TFT tactile bien lisible de 4.3 pouces. L’ergonomie du Diablo est optimisée grâce à une nouvelle structure de menu plus intuitive qui améliore l’interface utilisateur, accessible depuis la télécommande taillée dans l’aluminium. Il est ainsi possible de renommer chaque entrée et d’ajuster leur niveau. Votre investissement sera pérennisé grâce à la prise USB 2.0 sur le panneau arrière pour les mises à jour du firmware, et à une qualité de fabrication extrême, comme l’atténuateur de volume à relais véritablement symétrique à 43 pas, contrôlé par microprocesseur, avec seulement 1 ou 2 résistances en série sur le signal à chaque niveau.

La puissance de sortie est supérieure de 10 % à celle de son légendaire prédécesseur, et le 333 dispose des nouveaux transistors ultra-rapides à faible capacité de l’amplificateur Apex, offrant des performances mesurées supérieures. Les 10 transistors de sortie par canal sont identiques à ceux équipant l’Apex ultra performant, dans une configuration double mono sans contre-réaction globale. Ce dernier a aussi inspiré les pointes sous le châssis faites sur mesure, et les splendides borniers du 333.
L’arrière accueille 2 entrées sur XLR, 2 sur RCA dont un Tape In & Tape Out, et deux sorties RCA pour subwoofer (ou un autre ampli de puissance), ainsi que la sélection possible d’une sortie Home Cinéma en XLR ou RCA à gain unitaire. Massivement majorée, l’alimentation se caractérise par un copieux transformateur Holmgren dual mono surdimensionné et une grosse capacité de filtrage de 68 000 uF par canal procurant une belle réserve, suivie de régulateurs shunt locaux pour une suppression exemplaire du bruit.
Deux logements à l’arrière (contre un au Diablo 300) peuvent accueillir en option le très performant module phono PS-3, qui adopte une topologie couplée en classe A True Dual Mono de l’entrée à la sortie, sans contre-réaction globale, avec des circuits symétriques discrets dotés de réseaux de transistors appariés.
Les prises d’entrée symétriques Neutrik XLR plaquées or remplacent les RCA utilisées sur le précédent PS-2S. Le réglage de l’impédance de charge MC se fait en externe à l’aide d’un groupe de commutateurs par canal, le choix MM/MC s’opérant via le menu du Diablo.
Pour les sources numériques, un module DAC-3 D/A intègre le dernier convertisseur Sabre ES9039PRO. Sept filtres d’atténuation numériques PCM sont disponibles, et la carte dispose d’un assortiment d’entrées USB, AES/EBU, BNC et TOSLINK. De plus, l’entrée USB du module est compatible avec tous les formats audio numériques haute résolution actuels.
Les écoutes se sont déroulées dans le bel auditorium Studio Hifi à Versailles, avec l’intéressant choix de pouvoir évaluer le nouveau Diablo sur les enceintes de la marque, les Gryphon EOS 2 et EOS 5, qui s’avèrent hautement musicales et parfaitement en accord, avec comme source le performant lecteur réseau Naim ND 555.
Le Diablo tranche radicalement avec l’esthétique sonore des anciens Gryphon, à la sonorité opulente et généreuse, parfois trop. Le 333 lui affiche une remarquable cohérence dans tous les compartiments de jeu, répondant au désir de la marque de servir un unique objectif : maintenir l’intégrité du signal d’entrée sans coloration, soustractive ou additive.
Le 333 est en effet d’une grande transparence, capable de révéler le moindre petit détail apte à faire vivre la restitution, accompagné d’une magnifique justesse tonale et d’une extension de la bande passante phénoménale, jusqu’aux extrêmes limites.
Certains passages d’extrême grave sont hallucinants, comme sur le titre « Fading Sun » de l’album Winter Songs par Terge Isungset, si l’enceinte veut bien suivre, ce que les Gryphon EOS 5 accomplissent avec brio.
Mais on apprécie surtout l’extrême franchise et l’éclat des nuances qui découvrent sans maquillage des textures instrumentales complexes, distinguées, et des voix d’une pureté magnifique, comme celle de Joyce Didonato chantant « Stella di Napoli » de Pacini, ou de Melody Gardot en Live, véritablement en chair et en os grâce à la qualité frappante du Diablo 333 : son talent inouï à reproduire une scène sonore profonde et palpable, grandeur nature, avec une aisance déconcertante.
Le morceau « Antiphone Blues » d’Arne Domnérus (Proprius), capté dans une église, évoque la nature du lieu d’enregistrement dans un réalisme prenant, le 333 ayant la faculté de nous projeter au cœur de l’évènement avec une rare acuité, qui change beaucoup au gré des prises de son.
Les meilleurs enregistrements seront sublimés par le Diablo, surtout ceux en Live, qui sait également délimiter avec précision la présence physique d’un instrument, comme le clavecin aérien et délicat de Trevor Pinnock sur le Prélude du Clavier Bien Tempéré de Bach : juste splendide !

Ce bâtisseur d‘espace sonore ajoute une autorité et une vitesse d’action qui impressionnent, et le Diablo ne se laissera jamais intimider par une attaque violente, ni par un crescendo d’orchestre symphonique.
Sa réserve de puissance dépassant 330 W est prête à agir, tapie dans l’ombre mais imparable, ce qui fait la différence avec des électroniques disposant de moins de réserve de courant, surtout sur les enceintes gourmandes.
En plus d’être très respectueux de l’enveloppe spectrale de la musique, il dispose d’un réservoir de watts phénoménal, disponible à chaque instant.
« Relaxin’ With Nick » de Nicholas Payton swingue à merveille, le beat assure, la trompette resplendit : on se délecte à chaque passage délivré par le Diablo 333.
L’esthétique majestueuse et un soupçon intrigante du Diablo 333 dans sa robe noire habille un intégré étudié dans le moindre détail, surpassant son légendaire prédécesseur.
Mission impossible accomplie à l’écoute du dernier né, qui brille sur tous les fronts de la musicalité, mais éblouit dans sa façon de sculpter un espace sonore grandiose et précis, où chaque couleur de la palette musicale se perçoit aisément, pour brosser avec acuité un paysage sonore somptueux.
Ce Diable de 333 watts compte bien exercer sa force d’attraction terrible pour vous séduire.
Timbre
Dynamique
Scène sonore
Qualité / prix
8
Plaisir musical
8
Facilité d'utilisation
8
Qualité de fabrication
8
Option phono PS3 : 5 670 euros
Option DAC3 : 7 250 euros
Dimensions : (L x H x P) : 468 x 245 x 472 mm
Poids : 50.6 kg
Puissance : 333 W (8 ohms), 666 W (4 ohms), 1 100 W (2 ohms)
Réponse : en fréquence : 0.1 Hz - 350 kHz (-3 dB)
Impédance : d’entrée : 50K (XLR), 30K (RCA)
Gain : +38 dB
Gain Sub : +12 dB
Entrées : 2 x XLR, 2 x RCA (dont Tape In), Bypass AV
Sorties : Tape Out (fixe), 2 x sub (non filtré)

