À quoi sert un WORD CLOCK ?
Le WORD CLOCK est un procédé qui nous vient des studios d’enregistrement. Le travail d’un studio d’enregistrement est multiple. L’approche peut être scindée sur deux grandes philosophies. Le multicanal et l’enregistrement stéréophonique directe.
L’enregistrement stéréophonique
Dans un enregistrement stéréophonique directe, on utilisera uniquement deux microphones. Les approches les plus connues sont le couple MS, le couple AB, et le couple ORTF, ou la tête artificielle. Pour les français, on retiendra la tête artificielle d’André CHARLIN, et pour le couple ORTF Albert LARACINE qui a mis au point cette technique. Albert LARACINE a été mon professeur de prise de son dans le cadre de mes études à l’ENPC. C’était un homme de très grande qualité. Je n’oublierais jamais mes longues heures passées avec lui en studio. Dans le cas de l’enregistrement stéréophonique, le cahier des charges en électronique est réduit à son minimum : deux microphones, un convertisseur analogique numérique, un enregistreur. Nous sommes en mode série, les microphones vont au convertisseur, le convertisseur va à l’enregistreur.

Le multicanal
Ici, on passe du mode série au mode parallèle. De nombreux microphones sont utilisés en parallèle, d’où l’apparition d’une table de mixage, donc de plusieurs convertisseurs analogiques digitaux en parallèle. Je simplifie volontairement le synoptique du studio, les nombreux effets, le mixage, le montage, la production. Restons sur nos voies en parallèle. Dans ces conditions, il est impératif de synchroniser tous ces convertisseurs, ainsi que les nombreux autres appareils d’où le rôle du WORD CLOCK. Si l’ensemble n’est pas synchronisé il y a apparition de perte d’information.
Le WORD CLOCK
Le WORD CLOCK fournit l’horloge aux divers équipements. Les équipements ainsi asservis fonctionneront dès lors au rythme du signal WORD CLOCK. Tous les ADC et tous les équipements sont au même rythme. On limite le risque d'erreur de réception d’échantillons pouvant occasionner des pertes de données. Ces erreurs provoquent des clicks très gênant à l’écoute. Il est évident que l’horloge WORD CLOCK sera d’une très haute performance. Le WORD CLOCK sera transmis à l’aide de câbles coaxiaux de 75 ohms. Certains audiophiles voulant optimiser leur système regardent ce qui se passe du côté du son professionnel. Mais le synoptique d’une chaine haute-fidélité n’a rien de commun avec un studio. En HIFI le fonctionnement est série, en studio il est parallèle. Donc qu’apporte le WORD CLOCK en HIFI ? D’une manière générale les équipements audio grand public n’ont en aucun cas besoin de WORD CLOCK !... Cette affirmation va choquer certains lecteurs de notre revue. Une explication s’impose. Seuls certains DAC sont équipés d’une entrée WORD CLOCK. Ce qui reviendrait à synchroniser un DAC sur lui-même. Nous sommes donc à l’opposé de la logique.
Second postulat : un bon DAC possède en général une horloge correcte. Améliorer cette horloge par une horloge externe est un gag. Un DAC correct du marché sera équipé d’une horloge qui possède un taux de JITTER de 10 à 3 pico seconde. Or, si on utilise un WORD CLOCK externe, il faudra amener le signal d’horloge via un câble coaxial au DAC. Un tel câble (interface + connectique + câble) possède un JITTER de 200 pico seconde, soit une hérésie. Ce qui revient à vouloir améliorer une horloge en provoquant un JITTER 10 à 60 fois plus mauvais. En conclusion, si on utilise un WORD CLOCK sur un seul produit, ceci reviendra à avoir dépensé son argent pour rien. Le seul cas qui peut être discutable est de mettre un WORD CLOCK sur un DAC, et que ce WORD CLOCK pilote aussi la source. Mais là encore il y a discussion. En effet, lorsque l’on passe d’une source vers une DAC, c’est toujours le DAC qui prend la main. En audio numérique on travaille toujours dans un mode maître – esclave (master-slave). Le passage d’un circuit à un autre, d’une machine à une autre, se fait de la manière suivante : le récepteur contrôle le flux, l’émetteur est toujours sous contrôle du récepteur. Le WORD CLOCK sera donc réservé aux studios.
Conclusion
Je suis certain que cet article provoquera certains lecteurs. Il est toujours désagréable d’entendre que l’on dépense mal son argent. Il convient d’expliquer qu’avant d’écrire cet article, j’ai fait une petite enquête. Travaillant dans l’audio numérique depuis plusieurs décennies, j’ai la chance de côtoyer les ingénieurs des plus grands fabricants de puces pour l’audio numérique. Ces ingénieurs ont la même philosophie et confirment mes propos. J’ai aussi regardé sur le net ce que faisait la plupart des fabricants haut de gamme. Nombreux sont ceux qui vont dans le même sens. Alors pourquoi d’autres proposent des WORD CLOCK pour la HIFI ? Cela s’appelle du business. Il y a deux faits bien connus en HIFI, l’un se nomme certitude, et l’autre placebo. Je ne veux donner de leçon à personne. En tant qu’ingénieur, le design d’un nouveau produit est toujours source de certitudes (parfois erronées) et de remises en question. J’ai la chance de travailler avec un matériel de mesure au top dans le laboratoire le mieux équipé de France pour l’audio numérique (société privée dans le domaine de l’audio), ceci m’aide à revenir aux fondamentaux. Dans ces conditions, la sentence est indiscutable. Un analyseur de signal n’a pas d’état d’âme. Au mieux il n’y a pas de différence à l’écoute, au pire il y a dégradation. L’audiophile entend alors une différence qui en fait est une dégradation. Ayant investi parfois des sommes importantes, il est persuadé d’une augmentation de performance puisque le son est différent. J’aurai dès lors qu’un conseil à donner : si vous avez le budget pour un DAC plus un WORD CLOCK, investissez cette somme uniquement dans un DAC plus performant.











