

L’intégré connecté Ares, conçu et réalisé par Thrax en Bulgarie, revient en version Mk2. Il a été profondément remanié comparé au modèle testé dans le n°235 (novembre 2018). Son apparence reste intacte, si ce n’est qu’il est maintenant disponible en finition noir anodisé, ce qui lui sied à merveille. Ses qualités musicales sont toujours aussi séduisantes, pour un résultat plein de maturité.
Le châssis est usiné dans un bloc d’alliage d’aluminium, séparé en deux parties haute et basse, faisant office de dissipateur. Il empêche toute vibration mécanique et protège les composants des interférences. Sa rigidité est à toute épreuve, ce que confirme le poids de 27 kg.
Le grand écran LCD se place au centre d’un bandeau en plexi noir incrusté dans la façade inclinée, à la savante découpe, délimitant l’emplacement des six touches tactiles.
À gauche, On/Off, accès au menu et à la balance, puis sélection des entrées. À droite, le volume + et - encadre le mute, servant aussi de touche de sélection dans le menu.
On y trouve la balance, l’inversion de phase, la configuration de la télécommande, la sélection du phono MM/MC, la charge MC qui se règle à partir de 100 ohms, la luminosité de l’écran, les multiples filtres numériques, le de-emphasis et le bypass, pour être utilisé comme amplificateur dans un système existant.
La partie préampli dispose d’une nouvelle carte qui gère la sélection d’entrée et le volume, constitué de résistances calibrées associant précision et absence de bruit.
Le circuit est symétrique, l’étage phono MM/MC étant basé sur des amplificateurs opérationnels à très faible bruit OPA211, avec égalisation RIAA mixte active/passive.
La carte préamplification dispose d’alimentations analogiques et numériques dédiées totalement indépendantes.

L’amplification est une conception nouvelle à semi-conducteurs propre à Thrax, qui utilise un étage de sortie sans commutation, polarisé en classe A glissante pour procurer tous ses avantages de fluidité, mais sans la surchauffe, et bannissant la contre-réaction globale.
Les étages d’entrées sont symétriques, l’Ares Mk2 étant constitué en fait de deux amplificateurs de puissance mono indépendants, intégrant transformateurs et alimentations propres.
S’y ajoutent des régulations pour les circuits d’entrée et drivers procurant plus de transparence.
Le signal attaque un étage de gain différentiel suivi d’un buffer de correction d’erreur, l’isolant de l’étage de puissance à polarisation en classe A glissante.
L’option numérique, grandement recommandée, est à la pointe de la technologie actuelle, prenant en charge toutes les interfaces modernes : AES, S/PDIF, Toslink, USB, Ethernet et aussi Bluetooth.
Sa compatibilité avec Roon en fait un lecteur agréable à utiliser en streaming, mais il est aussi possible de le piloter avec une application tierce de type MyConnect.
Le module prend en charge plusieurs protocoles, fréquences d’échantillonnage et résolutions du signal.
Le DAC est non conventionnel, car n’utilisant pas d’amplis op. C’est une construction discrète autour de résistances commutées R2R, de résolution 32 bits/768 kHz et DSD256, aux fonctions pilotées par DSP.
Un suréchantillonnage augmente la fréquence du signal jusqu’à 32 bits/384 kHz.
Le DAC synchronise les données entrantes avec un générateur de référence d’horloge interne, éliminant la gigue.
Il dispose de sa propre alimentation et de régulateurs de tension dédiés, alors que sa conception évolutive facilitera les mises à jour.
L’Ares réunit bien les qualités d’une amplification en classe A, par une aisance mélodique et une fluidité musicale exemplaires.
Les textures sonores se développent sur du velours, avec beaucoup de variété et de nuance, particulièrement appréciable sur les instruments acoustiques et les voix, qui ne sont jamais monochromes mais chatoyantes.
Le Thrax ravit par sa faculté de déployer un paysage sonore riche et opulent, au bénéfice de l’essentiel qui est de respecter l’intention musicale, avec juste ce qu’il faut de transparence, sans exagération inutile.
Les couleurs sonores dans le médium montrent des nuances insoupçonnées, un sens du lien musical qui est l’apanage des circuits sans contre-réaction, dégradant souvent l’intégrité du signal.
Sur le vinyle Finding the Right Notes de Ron Carter (IOR), c’est splendide grâce à un grave plein, riche en matière, où l’Ares impressionne par son sens de la représentation grandeur nature, sa fermeté à la fois souple et pleine, son entrain d’une belle générosité.
Les 120 watts sont bien là, et bienvenus pour finalement de nombreuses enceintes, ce qui permet une marge confortable sur les niveaux crêtes, autorisant à monter le niveau sonore sans crainte de saturation.
Sur le magnifique disque des Crusaders, Ongaku Kai, Live in Japan, d’un foisonnement musical incroyable, toute l’énergie et l’intensité sont bien transmises par l’Ares, tel un démiurge maître des éléments.
Les accords de guitares sont très précis, la ligne rythmique bien martelée dans le grave, procurant une assise imperturbable.
Cela se déploie d’une façon bien ordonnée, sans agressivité mal placée : le contrôle se fait avec cette faculté de la classe A de paraître bien plus puissante qu’elle ne l’est à la mesure.
Ici la polarisation est glissante, non permanente, mais très profonde même aux puissances élevées, où la sensation de maîtrise généreuse du Thrax fait face à tous les genres musicaux sereinement.

L’ampleur de l’image sonore est ici bien honorée, dans un souci de précision qui ne s’aventure pas dans certains excès tendant vers un côté spectaculaire, parfois hi-fi, s’éloignant d’une présentation spatiale bien construite.
Ici, un équilibre bienveillant s’établit entre tous les pupitres, bien agencés sur la scène d’un orchestre symphonique, par exemple, où la crédibilité du placement et l’acuité de l’étalement sonore s’unissent pour une présentation évidente.
L’Ares se pare toujours d’une certaine distinction, perceptible à la fois sur l’étage phono de qualité ou le DAC de technologie discrète R2R, qui a ses adeptes comparée aux puces de conversion habituelles.
Ces qualités fusionnent dans un tout cohérent et enthousiasmant à l’écoute, où l’auditeur est impliqué en permanence dans la restitution musicale, et jamais mis à distance.
Cet intégré résolument actuel, à la pointe de la technique, est sérieusement construit, ne lésinant pas sur la qualité, notamment pour son alimentation.
La structure modulaire montre une implantation optimisée, sans fils volants, qui assurera un haut degré de fiabilité, d’autant que ses circuits de protections multiples le contrôlent en permanence.
Par contre, il est regrettable que la télécommande soit une simple Apple obsolète qui, bien que suffisante à l’usage vu son utilisation surtout par tablette, fait chiche sur un appareil approchant 18 000 euros.
L’Ares Mk2 se présente comme un intégré complet, où chaque partie est bien isolée et optimisée pour garantir une combinaison optimale entre toutes ses fonctions.
Il le fait avec style et élégance musicale, grâce à son originalité de conception sans a priori, qui forme sa personnalité.
Celle-ci se dévoilera au fil des genres musicaux, mêlant une expressivité permanente, une matière modelant agréablement les textures sonores, toujours avec autorité en plus du charme de la classe A.
Timbre
7
Dynamique
8
Scène sonore
8
Qualité / prix
7
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Prix : 17 784 euros (phono + DAC/Streamer)
Finition anodisée : noir ou silver
Garantie : 2 ans
Dimensions (L x H x P) : 432 x 120 x 450 mm
Poids : 27 kg
Puissance : 2 x 120 W (8 ohms), 160 W (4 ohms)
DHT : < 0,03 %
Gain : 32 dB
Entrées : 3 x RCA, 1 x XLR
Borniers : Aeco

