

La conception de la Sikora sépare chaque fonction méthodiquement, mariant la masse et une évacuation des vibrations très travaillée. Notez la double courroie et le splendide palet presseur.
Janusz Sikora est un ingénieur spécialiste de la métallurgie, mais c’est surtout un audiophile passionné de musique et d’amplificateurs à tube. Il a décidé en 2009 d’appliquer sa connaissance des métaux aux platines vinyles. Cette Initial Upgraded usinée dans l’aluminium délivre une musicalité d’un haut niveau de séduction.
En 2024, la marque polonaise a déjà fêté ses 15 ans, sortant pour l’occasion une réédition de son premier modèle Standard. Comme toutes les platines Sikora, elle combine un arrangement de plusieurs métaux, de plus en plus sophistiqué en montant en gamme, jusqu’à l’impressionnante Reference Line, véritable sculpture analogique. L’Initial se contente de l’aluminium, mais ingénieusement usiné pour contrer les résonances. Elle est présentée ici dans sa version Upgraded avec un disque supérieur en verre, une alimentation séparée et un magnifique palet presseur massif.
Les modèles Sikora Initial, Standard et Reference sont tous basés sur l’utilisation du métal et l’augmentation de la masse pour amortir les vibrations. La progression de leur performance sonore dérive du travail poussé sur les alliages de métaux, tout en utilisant les mêmes roulements, moteurs et bras de haute qualité sur les trois modèles. En raison du coût, l’Initial ne mixe pas plusieurs métaux mais adopte un châssis usiné dans l’aluminium qui arbore des découpes spéciales dans sa base, fruit de nombreuses heures d’expérimentation.

Entraîné par deux courroies en silicone, le plateau de 4 kg de l’Initial est en Delrin, ou POM, un polymère de la famille des polyacétals, d’une résistance élevée à la traction et offrant de bonnes caractéristiques d’isolation électrique, dont la densité est proche de celle du vinyle. Reposant sur trois pointes coniques découplées par une bille, la base en aluminium massif est ajourée par des lumières circulaires, qui servent à contrer les ondes stationnaires et casser les vibrations. Elle reçoit au centre le palier inversé qui utilise une bille de céramique comme point d’appui, alors que le contre-plateau massif en acier augmente la masse et l’inertie. Le plateau de 4 kg est surmonté dans la version Upgraded d’un disque en verre biseauté de 11 mm, solidaire d’une rondelle en acier inox, pour recevoir le magnifique palet presseur métallique usiné. À droite de la base est installé dans sa cage le puissant moteur DC de type Pabst à fort couple, dont le régulateur électronique avec ajustement fin de la vitesse est séparé, ainsi que son alimentation. Enfin, sur une base métallique circulaire sont fixés deux colonnettes horizontales et un support accueillant le bras unipivot, ce qui facilite son ajustage.
Basé sur un seul point de contact, ce principe est sur le papier idéal, mais il est parfois sujet à des instabilités ; il est ici amorti par une huile en silicone, dont la quantité s’ajuste en fonction de la compliance de la cellule. Ce bras de 9 pouces s’adapte donc à un large éventail de modèles, même haut de gamme, comme la Phasemation PP2000 installée lors de cette écoute. Son tube conique est en kevlar, et ses matériaux marient l’aluminium, le bronze, le laiton et l’acier inox ; le câblage est en cuivre OCC 6N plaqué or 24 K. Sa masse ultralégère n’affiche que 160 g, la VTA étant réglable ainsi que l’azimut.
Réglable aisément, le bras unipivot KV9 marie le kevlar avec différents métaux. Situé sous le centre de gravité, le double contrepoids décalé améliore la stabilité.
Le moins que l’on puisse dire est qu’elle se montre à la hauteur du système en présence ! Elle surprend par une image grandeur nature, large et profonde, bien posée dans l’espace, et par une sérénité qui installe la musique facilement, quel que soit le genre musical. C’est l’opposé d’une platine hi-fi démonstrative, car elle sert avant tout la prouesse artistique, comme celle de Bill Evans dans « You Must Believe in Spring », généreusement plein et sensuel, mettant en avant la magnifique contrebasse d’Eddy Gomez, les harmoniques virevoltants du piano, et la nervosité d’Eliot Zigmund : c’est beau, on y est. Au piano également, quand Stefano Bollani est en duo avec Iiro Rantala, en Live at Berlin Philharmonic XV (ACT), la puissance de jeu explose, les attaques se déchaînent et la stature des deux instruments se matérialise avec autorité. La Sikora parvient aussi sans peine à nous transporter dans des univers sonores opposés, comme celui de l’album Jusqu’à la lumière de Baptiste W. Hamon, plus folk, léger, à la voix vibrante et douce, guitare sèche, harmonica et steel guitar, un charmant country à la française très crédible.

Dans un art majeur comme le premier pressage de Brahms du Concerto n° 1 pour piano en ré mineur, avec le grand Emil Gilels sous la baguette d’Eugen Jochum dirigeant le Philharmonique de Berlin, la qualité d’interprétation et de la prise de son vous transportent ; le phrasé s’exprime aisément grâce à un haut degré de richesse harmonique, mais aussi en respectant chaque impulsion dynamique et nuance des textures. Difficile de décrire pourtant ce qui rend cette interprétation si belle et émouvante, si ce n’est que cette platine y parvient. Pas seulement sur Brahms, mais aussi sur le dernier Anouar Brahem (ECM), dont la sonorité du oud est toute de légèreté cristalline ; il résonne dans l’espace accompagné par le violoncelle d’Anja Lechner superbement lyrique et incarné, comme le piano de Django Bates. Tout fusionne à merveille pour une implication totale dans les paysages d’Anouar Brahem. Enfin, la Sikora ne se désunira pas dans l’univers de McSolaar, toujours aussi surprenant et inspiré sur son dernier opus Lueurs célestes : inventif, superbement produit, aux textes toujours magnifiquement ciselés. Pas de doute, vous serez secoués par le tempo frénétique et la tchatche percutante du Maître des mots. Il est bon de se rappeler à quel point le vinyle lu par une platine comme la Sikora remet les pendules à l’heure du plaisir musical et des sensations corsées.
Dirigée par Janusz et son fils Robert, la marque installée à Lublin est une réelle surprise, qui mérite d’être découverte. En effet, l’Initial Upgraded nous a beaucoup séduit, se hissant à un niveau supérieur de fidélité musicale. Affichant une excellente qualité de fabrication, ce bel objet sert magnifiquement bien la musique, de façon impliquante et majestueuse, avec densité et amplitude, démontrant la pleine validité des choix techniques. Il faut découvrir Sikora pour ne pas passer à côté de cette Initial optimisée dans chaque détail, qui offre tout pour convaincre et séduire.
Timbre
Dynamique
Scène sonore
Qualité / prix
7
Plaisir musical
8
Facilité d'utilisation
8
Qualité de fabrication
8
Couleurs : blanc, argent, noir
Dimensions (L x H x P) : 440 x 160 x 330 mm
Poids : 28 kg
Matériaux : aluminium, inox, fonte
Palier : inversé à bille céramique
Plateau : 4 kg en Delrin
Entraînement : par double courroie
Moteur : DC Pabst
Alimentation : externe
Vitesses : 33, 45 t/min
Réglage : électronique
Bras : unipivot 9 pouces

