

Une passion pour le son avant tout, instillé par Joseph Léon le père, fondateur d’Elipson, et la mère pianiste, avant le lancement de la marque en 1982. Les enceintes Pierre-Etienne Léon prennent corps, rigoureuses, à l’abri des modes.
Cette colonne 2 voies reprend le principe de la charge «Crow Flow», appliquée dans plusieurs réalisations de cette marque française. Un système composé de deux cavités, couplées acoustiquement et aidées par des parois non parallèles. On crée ainsi une régulation du flux d’ondes à l’intérieur du coffret avec, pour but d’équilibrer les pressions internes/externes, générées par les haut-parleurs. D’autre part, ce principe jugule les phénomènes d’ondes stationnaires, afin de réduire la coloration. Cela profite également à la réponse en fréquence, plus étendue, et remarquablement linéaire sur l’ensemble du spectre. L’aspect résolument classique de la Kantor S4 respire le sérieux.
Le tweeter, équipé d’une membrane textile, recourt à une suspension large et souple. Le dôme ultraléger garantit une réponse en fréquence très étendue et d’une grande linéarité, jusqu’à 28 kHz. La bobine mobile en fil d’aluminium est entourée par un circuit magnétique puissant, tout cela à l’avantage des harmoniques supérieurs, d’une grande richesse, d’ailleurs perceptible. Les deux transducteurs médium/grave de 170 mm utilisent une membrane à cône convexe en polypropylène/carbone pour l’un, et en fibre de cellulose de verre enduite pour l’autre. Ces deux formules préservent un excellent amortissement interne. Au cache-noyau s’ajoute une bobine mobile montée sur support Kapton, assortie d’une bague en cuivre, afin de limiter la distorsion harmonique. Châssis en alliage amagnétique. Une grande attention a été portée à la disposition symétrique des haut-parleurs, cela en fonction des points d’émission et du choix précis de la fréquence de coupure. On parvient de la sorte à obtenir une image stéréo en trois dimensions.

Le filtre à déphasage minimum, de type couplage direct, fait l’économie du circuit imprimé, afin de ne pas altérer le signal sonore et d’assurer une impédance régulière. Le choix des composants s’est effectué non seulement pour leurs performances techniques, mais avant tout pour leur prouesse en matière sonore et musicale. Condensateurs haut de gamme avec résistances non inductives. Le câblage interne est réalisé à l’aide de conducteurs en cuivre et cuivre et argent.
La Kantor S4 repose sur un socle sophistiqué, constitué de deux éléments, dont la géométrie, la masse ont été dictés par des critères mécaniques très précis. Cela afin de canaliser les vibrations en trois points : le cône principal à l’avant et les deux pointes à l’arrière, zone d’écoulement des résonances et d’un bon couplage mécanique.
On retrouve avec plaisir cette fameuse esthétique sonore à la française parfaitement assumée, empreinte de transparence, de pureté qui s’associe à une certaine recherche de la vérité. C’est également la caractéristique d’autres signatures, celles de Leedh ou d’Apertura. Le recul évident de la distorsion participe à cette séduction : on ne ressent aucune fatigue, car tout semble délié et remarquablement articulé. Cela participe à la qualité des timbres, à la fois d’une réelle densité et d’une grande richesse. L’image sonore s’oppose à toute brillance artificielle, sans que l’on puisse parler de matité véritable. Un bel équilibre par conséquent, d’autant que la richesse, des cordes notamment, impressionne. À l’évidence, les acquis techniques mentionnés plus haut agissent avec certitude mais toujours de façon soucieuse d’intériorité, à l’opposé de toute forme d’ostentation. L’équilibre spectral est tout à fait satisfaisant, sans accorder une quelconque priorité à tel ou tel registre. Notons la présence d’un grave tonique et magnifiquement articulé.
Elle s’expose avec une vigueur et une franchise étonnante, sans hésitation, sans compression. On ressent même, à certains moments, un côté presque explosif qui semble coller toujours à la réalité des enregistrements. Notons que tout cela s’exprime dans le cadre d’une résolution supérieure qui ne sacrifie à aucun moment les micro-informations, à la faveur par conséquent d’une lisibilité musicale optimale. Car, au fond, c’est toujours cette dernière qui est privilégiée avec un sens du phrasé très abouti et une façon talentueuse de négocier la tension, mais sans dureté extra-musicale. C’est, à dire vrai, tous ces détails subtils qui font le prix de cette enceinte vraiment vivante mais jamais brillante.

Les efforts concernant la phase et donc la clarté des plans sonores semblent porter leurs fruits. La stabilité de l’image stéréo est inconditionnelle, précise en largeur comme en profondeur, avec un relief constant. Les chanteurs occupent une place extrêmement précise au sein de l’espace virtuel sur les côtés comme au centre, avec, pour corollaire, aucune impression de trou central. On ressent assez bien la présence de ce fameux «troisième canal», avantage en vérité d’une stéréo parfaitement assumée, ce qui est rare. Il y a aussi cette étrange proximité avec la musique, avec des instruments qui semblent jouer au premier plan, sans flou ni recul. Ce qui n’empêche nullement un réel sentiment de profondeur quand cela s’impose, notamment pour les grandes formations. Au fond, c’est toujours le sens de la vitalité qui est préservé, toujours avec urgence et raffinement. Enfin, ces enceintes semblent aisées à placer, sans contrainte apparente, l’obtention d’une image stéréo optimale ne nécessitant guère de réglage millimétré.
La France peut s’enorgueillir d’une réelle tradition en matière d’enceintes acoustiques, sans oublier les haut-parleurs réputés eux aussi pour leur excellence. Christian Yvon (Apertura), Gilles Millot (Leedh) Pierre-Etienne Léon enfin, pour l’enceinte qui nous occupe, ont su placer les enjeux avec une hauteur de vue digne des meilleurs produits mondiaux, en matière de transparence notamment. À moins de 5000 euros, la Kantor S4 bénéficie de plus-values qui renvoient, en effet, à des modèles très haut de gamme.
Probe, discrète, refusant toute ostentation y compris sur le plan de l’aspect, la Kantor S4 séduit par une voie singulière, celle de la vraie musicalité. Elle nous rappelle à sa façon, y compris visuellement, l’inoubliable TAD Evolution 2, certes beaucoup plus coûteuse (14000 euros) mais dominée au fond par les mêmes préoccupations, par la même philosophie. Une telle enceinte est, comme sa prestigieuse consœur japonaise, sans doute réservée aux mélomanes audiophiles avisés, en mesure de reconnaître, d’identifier certains éléments de vérité dans la reproduction musicale. De la haute-fidélité tout simplement.
Timbre
8
Dynamique
8
Scène sonore
8
Qualité / prix
8
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Dimensions : 1100 x 325 x 20 mm
Poids : 29 kg
Sensibilité : 91 dB
Impédance : 4 ohms
Réponse en fréquence : 20 Hz à 28 kHz
Puissance nominale : 120 W

