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S’agirait-il d’un tour de force? Assurément oui : la célèbre marque américaine nous promet une enceinte à moins de 2000 euros la paire, toujours isodynamique, d’une qualité sonore et musicale tout à fait exceptionnelle. À marquer d’une pierre blanche.
Il y a plus : Magnepan propose même pour les Etats-Unis l’achat de l’enceinte «en direct» d’usine, sans passage par les intermédiaires. Cela, pour une acquisition à la portée de tous : on louera volontiers une telle initiative dans cette quête de la plus grande accessibilité possible, pour le meilleur. Différentes des autres enceintes, à tous égards, les Magnepan LR+ profitent toujours du principe isodynamique en perpétuelle évolution. Ni électrodynamique pas plus qu’électrostatique – on ne les raccorde pas au courant secteur –, cette technologie offre l’avantage d’une pression acoustique très stable, quel que soit l’endroit où on se situe, à cinquante centimètres de l’enceinte, comme à trois mètres. En résulte un confort d’écoute incomparable.
Au départ, les panneaux de la série MMG employaient un fil conducteur en aluminium qui s’apparentait à une bobine mise à plat, collée sur l’ensemble de la membrane en mylar. Aujourd’hui, le fil d’aluminium laisse la place à des rubans, toujours en aluminium, les «Quasi Ribbon», à la fois plus fins et plus légers et qui procurent une réduction sensible de la masse. La finesse de ces matériaux est de l’ordre du dixième de cheveu. C’est cette technologie qui est utilisée sur cette dernière venue, appelée le «Little Ribbon Speaker», mais petite que par la taille…

Succédant donc à l’ancienne MMG, la «petite» LRS+ se réclame en vérité de la même qualité sonore que les intouchables 20.7 ou 30.7. Elle mérite, comme ses grandes sœurs, d’être alimentée par les amplificateurs les plus ambitieux, sachant que ces modèles sont d’une extrême transparence. On sera donc attentifs au choix des électroniques. De façon générale, on retrouve le principe du doublet acoustique, sans charge, à la façon d’un baffle plan, tenu par un cadre, avec un rayonnement uniforme sur l’ensemble du panneau, sur l’avant et sur l’arrière, de façon à peu près égale. Cette technologie offre l’avantage d’une surface d’émission beaucoup plus étendue que celle offerte par une enceinte électrodynamique classique. D’où cette passion exclusive que connaissent certains mélomanes audiophiles passionnés.
Si l’on tient compte de la valeur marchande de ces panneaux, le résultat sonore est tout simplement stupéfiant, qu‘il s’agisse de la qualité des timbres, de la réactivité musicale et surtout de cette image panoramique, vaste et précise à la fois, réellement bluffante. Le grave lui-même, point faible supposé de ce principe, ne laisse guère à désirer, malgré les réserves courantes. Le rayonnement en doublet peut, nous assure-t-on, créer un court-circuit acoustique entre l’onde avant et l’onde l’arrière, d’où la nécessité théorique de recourir à des panneaux de grande dimension. Or, dans le cas présent, il n’en est rien : tout nous a semblé très homogène de ce point de vue, et sans ce côté un peu dématérialisé souvent évoqué. Il est vrai que les modèles électrodynamiques nous ont habituées à des écoutes très charnelles, très consistantes dans le grave qui ne correspondent pas toujours à la réalité du concert. Car curieusement, pour ce dernier, la traduction du grave en surprendra certains, tant la restitution garde un côté léger, aérien jamais entaché par une quelconque lourdeur, cela pour la musique classique, bien entendu. Le principe isodynamique se rapproche à l’évidence de cette vérité.
Le rendement relativement bas ne s’accompagne, semble-t-il, d’aucun effet négatif. Cette enceinte est réactive, vive, sensible à la moindre nuance, sans solliciter les amplificateurs de façon outrancière. En revanche, l’extrême transparence de ces petits bijoux les rend, en effet, infiniment sensible à la qualité des électroniques, des câbles également. Dire qu’elles méritent le meilleur, sans limitation de prix, recèle une forme de vérité troublante, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des modèles dix fois plus chers que les enceintes. Il existe d’excellents modèles proposés autour de 2000/3000 euros. Cela étant, le résultat obtenu avec notre ensemble Heed Obelisk SI 30 et Obelisk X2 30 en édition limitée nous a semblé du plus haut niveau. Le volume d’un orchestre symphonique au grand complet est parvenu à s’imposer sans faillir, à la mesure d’une capacité à nuancer, à rendre la musique parfaitement intelligible. Tout cela avec un sentiment de fraîcheur, de naturel, bref, d’une classe sonore tout à fait frappante.

Cette image panoramique, à la fois large et profonde, dépourvue de toute compression spatiale, séduit autant qu’elle déstabilise. Car si l’on devait comparer un tel résultat à celui obtenu par une enceinte électrodynamique traditionnelle de prix équivalent, le constat serait sans doute assez ingrat pour cette dernière. Non pas qu’il s’agisse d’un parti pris spatial qui anamorphoserait l’image stéréo, mais bien davantage d’une scène sonore libérée de certaines contraintes devenues habituelles, et auxquelles n’échappent que de trop rares modèles. D’autant que tout cela ne nuit aucunement aux échelles sonores parfaitement respectées. L’écoute d’un récital voix/piano tient d’ailleurs du miracle, tant la voix prend corps dans un espace magique parfaitement réaliste et qui n’entame jamais la vraisemblance acoustique de la voix elle-même. Tout cela, rappelons-le, dans un contexte d’extrême transparence et de très grande acuité dans les nuances. C’est cet alliage singulier qui constitue l’atout de ces enceintes d’exception.
Cet aspect frise ici presque l’obscénité. Car l’achat de cette merveille s’apparenterait plutôt à un cadeau. À moins de 2000 euros, la LRS+ peut constituer un achat quasi prioritaire, à condition de relativiser la prééminence naturelle, pour beaucoup, du principe électrodynamique. Dans tous les cas, cette enceinte mérite d’être écoutée et comparée, cela en toute objectivité.
Coup de foudre à l’évidence pour ce modèle somme toute très haut de gamme à sa façon, proposée à un prix quasi dérisoire, un ratio que l’on souhaiterait plus fréquent. Les qualités souveraines du principe isodynamique sont largement reconnues, et notre petit modèle en détient une forme de quintessence puisqu’il s’agit de la formule la plus aboutie de la marque. À écouter avant toute chose.
Timbre
8
Dynamique
8
Scène sonore
8
Qualité / prix
8
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Dimensions : 1220 x 330 x 25,4 mm
Poids : 22,6 kg
Type : 21 voies, quasi-ruban large bande
Sensibilité : 86 dB
Impédance : 4 ohms
Réponse en fréquence : 50 H à 24 kHz

