

Jozefina Lichtenegger est la propriétaire et CEO d’European Audio Tube, basé en Autriche, faisant partie des quelques rares constructeurs de tubes en Europe. EAT a relancé la production de 300B en utilisant la connaissance des anciens experts Tesla, les meilleurs matériaux, mais aussi la technologie moderne. L’aventure débute vers 1993, avec la rencontre de personnes comme Alesa Vaic, qui a conçu de très belles triodes, telles les Vaic Valve 52B, 32B et VV30B. EAT réunit une coopération entre l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse, le Royaume-Uni et la République tchèque, près de Prague. Lieu de l’ancienne usine Tesla, c’est là que sont fabriqués les tubes EAT, profitant du grand savoir-faire de l’ancien fabricant (bien connu pour ses fameuses ECC88 et ECC83). La 300B EAT a une forme originale, son large bulbe étant un peu cintré à la base. La plaque est grande et robuste, striée pour son renfort, dont la structure plate ressemble à celle d’une UX250, mais plus massive, différente de celle en croix d’une WE. Quatre tiges solides surmontées d’un getter supportent les micas. Le filament en métal oxyde est maintenu bien tendu au milieu de la grille par 4 petits ergots. La base céramique UX4 contient 4 pins dorés : grille, plaque, et 2 pour les filaments (plus gros). Elles ont été écoutées sur un SE 300B de 8 W, doté de transfos de sortie Partridge TK4519, relié à des Altec Lansing Voix du Théâtre A5. Le point de repos est de 65 mA, bias auto -65 V, dissipation plaque 24 W. À noter que l’EAT peut être poussée un peu plus, puisqu’elle supporte une dissipation de 36 W, pour 450 V de tension d’anode.

Pour les habitués du son typique 300B « type WE », au bas médium chaleureux, mais limité aux extrémités, comme souvent avec nombre de 300B chinoises abordables, les EAT provoquent un choc. Elles vont beaucoup plus loin en bande passante, transparence et extension à toutes les fréquences, particulièrement dans l’aigu. Celui-ci est vraiment distingué et complexe, procurant une aération générale magnifique. Sur la Sonate n° 2 pour violoncelle et piano de Beethoven, par Rostropovitch et Richter, l’impression de naturel est omniprésente, avec une grande justesse des nuances, beaucoup de délicatesse, et surtout une sensation d’air autour des instruments qui prennent du volume dans l’espace. Cette 300B développe un bon timing, sans exagération ni coloration euphorisante, mais où au contraire les textures sont d’une réelle pureté, proche de leur vraie nature. La dynamique est vive, affûtée, sans laisser-aller romantique, délimitant la rythmique avec un sentiment de puissance supérieure. Sur le superbe troisième album du Poll Winners Three datant de 1959 (Contemporary S7576), existant aussi en mono (M 3576), tous les petits détails se perçoivent aisément, comme le bassiste Ray Brown qui chantonne, les attaques franches de Shelly Manne, la beauté ciselée de la guitare de Barney Kessel, et la qualité l’enregistrement analogique d’époque. Un pur régal, digne d’une bonne 300B comme l’EAT.
Investir 1 500 euros dans une paire de 300B est une preuve d’amour des belles triodes, car rien n’est trop beau pour les amateurs du genre, et il y en a quelques-uns. L’EAT est une magnifique 300B, fiable, qui séduit par sa transparence et sa finesse, sans caractère typé. Mais est-ce toujours une 300B ? La réponse est oui, car les qualités uniques de la triode à chauffage direct sont préservées, sans les lacunes parfois observées chez certaines 300B plus old-school. Une super-300B moderne en quelque sorte, qui a ses partisans : bravo à Jozefina pour son expertise au service de son amour de la musique, et des tubes.
Timbre
Dynamique
Scène sonore
Qualité / prix
Plaisir musical
Facilité d'utilisation
Qualité de fabrication
Base : UX4
Facteur : d’amplification : 3,9
Voltage : filament : 5 V
Courant : filament : 1,25 A
Type : oxyde
Dissipation : plaque : 36 W max.
Taille : 66 x 160 mm
Distribution : tecsart.com

