Légendes de la Hi-fi

LÉGENDES DE LA HAUTE-FIDÉLITÉ - AR-3a

Une plongée dans l’histoire de l’Acoustic Research AR-3a : une enceinte devenue mythe grâce à la suspension acoustique, une approche scientifique du son, et une influence majeure sur la haute-fidélité moderne.
January 13, 2026
LÉGENDES DE LA HAUTE-FIDÉLITÉ - AR-3a
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LÉGENDES DE LA HAUTE-FIDÉLITÉ - AR-3a

AR-3a : l’enceinte de référence (Acoustic Research)

Herbert von Karajan, le célèbre chef d’orchestre, était connu pour son intérêt pour les aspects techniques. Il pilotait son Alfa Romeo, son grand voilier et même son avion privé. Il s’intéressait autant aux aspects de la création qu’aux techniques de reproduction. L’AR-3a, et elle seule, correspondait à sa recherche du respect des timbres et de la véracité musicale. De l’autre côté du spectre musical, Miles Davis, le trompettiste et compositeur de jazz, était connu pour son oreille exigeante et son désir de perfection sonore. L’AR-3a lui offrait la clarté et la précision nécessaires pour apprécier chaque nuance de ses compositions et de ses enregistrements en concert. Le choix de ces deux géants de la musique pour l’AR-3a témoigne de la qualité supérieure de cette enceinte. Leur approbation a non seulement validé les efforts d’Acoustic Research, mais a également contribué à établir l’AR-3a comme une référence dans le monde de la haute-fidélité.

Edgar Villchur, inventeur de la suspension acoustique

L’histoire de l’AR-3a commence avec Edgar Villchur, un écrivain, inventeur, chercheur visionnaire qui a révolutionné le monde de la haute-fidélité avec son invention de la suspension acoustique en 1954. Avant cette innovation, les enceintes souffraient de distorsions et de colorations importantes dues aux vibrations mécaniques des haut-parleurs, et les plus petites étaient gigantesques. À cette époque, Villchur enseigne l’électroacoustique à l’Université de New York. Villchur a résolu ce problème en utilisant des suspensions souples pour isoler les haut-parleurs des interactions indésirables. Il a parmi ses étudiants Henry Kloss. Une lointaine origine française ? Villchur est passionné par une innovation française : le Ionophone inventé par Siegfried Klein. Inspiré par ce tweeter à plasma, Villchur transpose l’idée en imaginant une suspension où l’air agit comme un ressort acoustique.

Il réalise de nombreux prototypes et finit par déposer le brevet. Henry Kloss est enthousiasmé et ensemble ils vont créer Acoustic Research Inc. Le premier produit, l’AR-1, est un succès immédiat et important. Il est constitué d’un haut-parleur grave de 12 pouces et d’un tweeter à cône, dans une enceinte de 48 litres. De très faible volume pour l’époque, elle permet une vraie reproduction du grave avec une très faible distorsion. L’inconvénient est un faible rendement, mais les amplificateurs commencent à monter en puissance, tout va bien. Autre inconvénient, l’enceinte est chère… suivra donc l’AR-2, conçue pour diminuer le prix, avec un haut-parleur de 10 pouces.

En 1957, Villchur et Kloss s’opposent, le premier souhaitant développer la gamme vers une enceinte encore meilleure, superlative, le second voulant produire des enceintes encore moins chères que l’AR-2. Kloss partira fonder KLH qui fabriquera des enceintes moins chères, utilisant sous licence le brevet initial. Villchur créera l’AR-3.

L’AR-3a, enceinte révolutionnaire

Le projet est simple : atteindre la perfection. L’AR-1 est extraordinaire pour les graves, mais fait moins la différence pour les aigus, en particulier à cause des caractéristiques de dispersion. Villchur va alors imaginer un nouveau type de tweeter et de médium : les calottes hémisphériques. L’AR-3 est quasi parfaite : grande bande passante, très faible distorsion sur tout le spectre et dispersion optimale. De plus, l’enceinte est plus que raisonnable en taille, alors que la stéréo apparaît et qu’il faut donc loger deux enceintes dans le living-room ou le salon d’écoute.

Pour démontrer les performances de l’AR-3, Villchur organise une série de concerts pour comparer un quatuor à cordes avec ses enceintes. Certes, l’enceinte est extrêmement chère, mais son succès est immédiat et elle devient la référence mondiale. Pendant dix ans elle restera au sommet. Avec le départ de Kloss, Villchur a besoin de nouveaux ingénieurs et il recrute Roy Allison, le futur fondateur d’Allison Acoustics. Allison est d’abord chargé de la communication, puis du SAV, et enfin du bureau d’études. Il est passionné par les problèmes de dispersion dans les conditions d’écoute normales.

« L’air agit comme un ressort acoustique. »

Ensemble ils vont matérialiser la version finale du chef-d’œuvre, ce sera l’AR-3a ; la configuration d’ensemble est identique, mais les dômes médium et tweeter sont plus petits et de ce fait les fréquences de coupures du filtre sont ajustées. Perfection absolue, ce sera le modèle retenu par von Karajan et Miles Davis, mais aussi par Louis Armstrong et bien d’autres. La part de marché aux États-Unis en 1966 d’Acoustic Research est de 32 %… de quoi faire frémir d’envie tous les constructeurs actuels. En 1993, l’AR-3a est entrée au Musée national de l’Histoire américaine, à Washington, en exposition permanente.

Edgar Villchur, vision moderne et impact durable

En plus de ses contributions révolutionnaires à l’audio haute-fidélité, Edgar Villchur a également laissé une empreinte durable dans le domaine des aides auditives. En 1973, il a conçu un système basé sur les premiers travaux de Steinberg et Gardner sur le recrutement de la sonie, proposant une compression d’amplitude multicanal analogique pour compenser la perte variable d’audition. Ce système associé à la compression à large dynamique a permis de réaliser des aides auditives adaptées à chaque individu. Villchur a choisi de publier ses résultats et de les rendre librement disponibles plutôt que de breveter son invention. Ses innovations sont devenues la norme de l’industrie pour la conception des aides auditives, et il est presque impossible de trouver une aide auditive aujourd’hui, qu’elle soit numérique ou analogique, qui ne les utilise pas.

Au-delà de ses innovations, Villchur apporta également une vision moderne du management. Dans sa jeunesse, il avait lutté pour les droits des travailleurs. Au sein d’AR, il apporta des salaires supérieurs à ceux pratiqués habituellement, des avantages sociaux, une participation aux profits de l’entreprise et une absence totale de discrimination.

Conclusion

Le Boston Sound, la platine AR XA et les innovations de Villchur dans le domaine des aides auditives témoignent de l’impact durable d’Acoustic Research. L’AR-3a reste le symbole de l’excellence audio, qui a défini les standards de la haute-fidélité.

Anecdote

Pendant la période Villchur, AR a eu une politique très large vis-à-vis du SAV ; la plupart des enceintes étaient réparées gratuitement, quels que soient la panne, son origine et l’âge de l’enceinte considérée…

Et ensuite ?

En 1967, Teledyne achète Acoustic Research, l’évolution vers les profits ne satisfait pas Villchur qui quitte la société. Après quelques années, Teledyne déposera le bilan ; le nom Acoustic Research sera ensuite revendu plusieurs fois dans des packages de marques, mais c’est une autre histoire. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

D’abord le « Boston sound » ; chacun sait que les États-Unis sont partagés en deux, l’Est et l’Ouest ; en audio, il en est de même. L’Ouest, c’est le « California sound », JBL, Altec, Klipsch, le gros son, les grands concerts rock ; l’Est, c’est le « Boston sound », AR, KLH, Advent, Boston Acoustic… le jazz et le classique, le raffinement, la subtilité. Loin de moi de prendre parti, mais c’est bien l’AR-3 qui est l’origine du son côte Est.

Également la configuration enceinte d’environ 50 litres, boomer 12 pouces, médium et tweeter, c’est le gabarit de très nombreuses enceintes de contrôle. Et puis, la recherche de la linéarité, de l’absence de distorsion et d’une diffusion spatiale optimale va guider de nombreuses sociétés.

Edgar Villchur, pionnier infatigable

Au sein d’Acoustic Research, Villchur a conçu une table de lecture l’AR-X (a ou b), une seule en 1961 ; elle est révolutionnaire avec une suspension en trois points qui isole le moteur de l’ensemble bras et plateau. C’est simplement la première des platines modernes, copiée et améliorée par Thorens avec la TD 150 en 1965, puis par Linn avec la LP 12 en 1972.

Haute Fidélité N°275
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