Adossé à la sortie simultanée du sublime documentaire John & Yoko : One to One de Kevin Macdonald, ce coffret gargantuesque de neuf albums retrace une période bien précise : celle du militantisme de l’ancien Beatles et de l’artiste avant-gardiste Yoko Ono à l’orée des années 1970, lors de leur arrivée à New York. Emménageant à l’été 1971 dans un petit deux-pièces de Greenwich Village, le couple, devenu proche de Jerry Rubin, militant cofondateur du mouvement Yippie, passe de l’engagement horizontal (les fameux bed-in) à une révolution verticale où la scène devient politique.
Le 30 août 1972, le couple performe deux concerts caritatifs au Madison Square Garden, aux côtés du groupe Elephant’s Memory : un l’après-midi, déjà sorti par Yoko Ono un an après l’assassinat de Lennon (John Lennon - Live in New York City, 1986), et un le soir. Baptisés « One to One », ces derniers concerts captés en entier de l’ex-Beatles occupent les trois premiers disques du box-set (disque 1 : une version hybride avec les meilleurs morceaux des deux, disque 2 : concert de l’après-midi, disque 3 : concert du soir).
Très rock’n’roll, ils alternent (futurs) classiques de Lennon (Imagine, Instant Karma!, Cold Turkey) et de toutes nouvelles compositions plus engagées (New York City, Born in a Prison). On y entend notamment ce vibrant Come Together ponctué de « Stop the war » de Lennon et le crève-cœur Don’t Worry Kyoko que Yoko Ono avait écrit à sa fille enlevée. Une verve revendicatrice coule entre les morceaux, entrecoupés des interventions de John et Yoko mais aussi des applaudissements de la foule.

Placé juste après, on redécouvre littéralement Some Time in New York City, grâce à un mix au son très clair et nettoyé qui lui offre une vraie profondeur.
Dans cet album de 1972 produit par Phil Spector, Lennon et Ono enchaînent les titres engagés : Sunday Bloody Sunday, Born in the Prison, John Sinclair dédié à leur ami militant et manager des MC5 enfermé deux ans pour avoir fumé un joint, ou encore Attica State sur les émeutes meurtrières survenues à la prison d’Attica en 1971.
Le disque 5 s’attache à retracer l’évolution de certains morceaux. On entend les commentaires de John Lennon, parfois très drôles, comme sur New York City où il enjoint l’ingénieur son à ne pas lisser le son parce qu’il a horreur de ça.
Des disques 6 à 9, de nombreuses archives inédites sont déterrées : concerts caritatifs télévisés, intimes ou en public, comme ces sessions captées à l’hôtel St. Regis de New York, ce concert avec Phil Ochs à Ann Arbor (Michigan) ou avec Eric Clapton au Lyceum Theatre de Londres. Autre pépite cachée de ce coffret, la fougueuse et très libre jam-session avec Frank Zappa et les Mothers Of Invention au Fillmore East de 1972, qui permet d’entendre Yoko Ono briller dans l’improvisation.

À l’arrivée, ces 140 morceaux à la minutieuse production pilotée par Sean Ono Lennon éclairent avec sensibilité et détail l’ampleur de l’engagement du couple Lennon/Ono, dont la puissance sera payante (libération de John Sinclair, 1,5 million de dollars récoltés lors des « One to One » au profit des enfants handicapés), tout en soulignant — presque comme un appel du pied — son caractère unique dans l’Histoire.
À noter que seuls les concerts de l’après-midi et du soir ont été conservés pour la version streaming. Il faudra donc se tourner vers le téléchargement pour posséder les neuf disques du coffret.











