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Musique Classique - Erik Satie

Un guide d’écoute autour d’Erik Satie.
March 14, 2026
Musique Classique - Erik Satie
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Musique Classique - Erik Satie

Bien sûr, il y a les Gymnopédies et les Gnossiennes que la publicité a répétées jusqu’à la nausée. Mais Erik Satie (1866-1925) ne saurait se réduire à ces quelques minutes de piano. Ce compositeur « insaisissable et inexplicable » comme le définit son biographe Christian Wasselin (Gallimard, collection Folio) mérite qu’on lui ouvre davantage ses oreilles.

L’essentiel de sa musique s’adresse au piano, l’instrument qu’il apprit dès son enfance normande, à Honfleur, et qu’il pratiqua dans des cabarets tels Le Chat noir, à Montmartre. Satie reste le maître de la forme courte, de l’éphémère, du haïku musical. Il préféra aux sonates des Morceaux en forme de poire, des Aperçus désagréables, des Préludes flasques (pour un chien) et autres Embryons desséchés, recueils à l’ironie mordante ou à la mélancolie contagieuse.

Alexandre Tharaud a signé une réjouissante anthologie qui assemble aussi bien des pages célèbres pour piano que des mélodies (avec la chanteuse Juliette !) et profite de la musicalité raffinée et de l’humour délicat de l’artiste (Avant-dernières Pensées, Harmonia Mundi, 2 CD, 2008). Il l’a complétée par une série de vingt-sept pièces inconnues dans un album numérique qui vient tout juste de paraître (Satie Discoveries, Erato, 2024).

Le pianiste néerlandais Reinbert de Leeuw a enregistré un récital hypnotique dans lequel ses tempos ralentis et son toucher étudié ouvrent la porte à un univers de rêve (Decca, 1999). Les Russes Alexeï Lubimov et Slava Porugrin ont eu l’heureuse idée d’associer Satie et Stravinsky dans un programme à deux pianos qui illumine leurs différences mais souligne leur indépendance, à travers les sonorités enjôleuses des Bechstein, Gaveau et Pleyel du début du XXe siècle (Paris joyeux et triste, Alpha Classics, 2015).

Les amateurs de pianos anciens pourront compléter cette écoute stimulante par l’intégrale pleine de surprises de la Japonaise Noriko Ogawa sur un Érard de 1890 (Bis Records, 5 SACD, 2015-2018) et par un récital oscillant entre tendresse et malice par Alain Planès aux commandes d’un Pleyel de 1928 aux couleurs boisées (Harmonia Mundi, 2024).

Signalons enfin l’hommage très intelligemment pensé de Bertrand Chamayou qui met en regard Satie et son admirateur, le compositeur américain John Cage (1912-1992), dans une symphonie de sonorités opposées (Letter(s) to Erik Satie, Erato, 2023).

Mais Satie n’est pas que piano. Il a affronté la scène, créant souvent le scandale, notamment avec le ballet Parade, chef-d’œuvre de fantaisie réunissant rien moins que Cocteau et Picasso, et convoquant dans l’orchestre une machine à écrire, un pistolet et des sirènes.

Michel Plasson et l’Orchestre du Capitole de Toulouse, qui proposent également le ballet Relâche, conçu avec le peintre Picabia, en offrent une lecture idéale d’esprit (surréaliste) et de couleur (Erato, 1988). Manuel Rosenthal fait dialoguer Parade avec La Mort de Socrate dans les couleurs acidulées de l’Orchestre national de France (Adès, 1968).

Qui veut découvrir l’œuvre complet du compositeur se précipitera sur le coffret proposé (à prix d’ami : 40 euros maximum) par Erato enfermant, entre autres, l’intégrale pour piano par Aldo Ciccolini, des mélodies par Mady Mesplé et autres interprétations chaudement recommandées (Tout Satie !, 10 CD).

Derrière sa silhouette de dandy et son humour ravageur, Erik Satie dissimule une âme sensible et un caractère de cochon. Longtemps négligée, voire sous-estimée, sa musique est aujourd’hui appréciée à sa juste valeur.

Haute Fidélité N°276
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