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ENCEINTE

B&W 800D

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Dans le panorama des modèles d’enceintes de haut de gamme, les B&W 800 D sont une valeur sûre, incontournable. Ces colonnes à trois voies et quatre haut-parleurs, avec bass-reflex, doivent leur forme originale à la haute technologie développée et surtout appliquée par la firme britannique.   Une conception originale

Ainsi, la « sphère » supérieure réalisée en Marlan, matériau acoustiquement inerte, étirée vers l’arrière, accueille le médium et le tweeter, logés dans des charges infinies afin d’optimiser l’amortissement des haut-parleurs par l’arrière de la membrane. L’onde arrière, ainsi absorbée, ne vient plus perturber le signal utile, diffusé vers l’avant. La colonne, accueillant les deux boomers décompressés par évent, reprend des formes précontraintes, très arrondies, ce qui lui procure inertie et rigidité. De plus, le constructeur a ajouté ce qu’il appelle le squelette interne « Matrix », une sorte de barrage (terme emprunté à juste titre au monde de la lutherie) afin de rendre le caisson de graves aussi neutre que possible, en évitant les résonances, favorisant l’amortissement et en cassant un large spectre d’ondes stationnaires, en complétant ce qu’accomplit les parois internes du coffret.  

Des transducteurs très aboutis

B&W développe ses propres solutions techniques afin de concevoir des haut-parleurs capables de se rapprocher du fonctionnement théorique – et idéal – en piston : la membrane d’un haut-parleur doit être aussi rigide que légère. Le constructeur britannique a donc choisi des matériaux en fonction de leurs caractéristiques, dans leurs bandes de fréquences respectives. Ainsi, les deux boomers de 25 cm de diamètre fonctionnent en piston grâce à des membranes fabriquées dans une matière issue de l’aéronautique et de l’automobile, le Rohacell. Tout aussi rigide et léger, mais mieux adapté à l’idée que B&W se fait des haut-parleurs de médium, le constructeur a opté pour le kevlar, monté dans une sorte d’anneau très fin faisant office de « suspension fixe », améliorant la restitution des sons transitoires et la définition. Le tweeter devant posséder, lui aussi, une membrane légère et rigide, voit son dôme réalisé en diamant de synthèse, d’où le suffixe « D » de l’enceinte pour « Diamond ». Chaque aspect de la 800 D a été longuement étudié, comme, par exemple, la structure granuleuse de la surface de l’embouchure de l’évent bass-reflex afin d’éliminer les bruits d’écoulement d’air et gagner en définition.

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Fabrication et écoute

Construction : D’aspect massif mais réussi, la 800 D présente une forme particulière, très élaborée, afin, entre autres, d’éviter les effets de bord sur les surfaces externes des parois, en débafflant le médium et le tweeter. Le module médium aigu intègre des charges infinies situées à l’arrière des transducteurs. Les épais panneaux de bois assurent une inertie optimale à l’ensemble. Un savant barrage interne casse les ondes stationnaires dans le coffret.

Composants : B&W a employé ici tout le fruit de ses avancées technologiques : une paire de boomers à membrane légère et rigide en Rohacell, un médium à suspension fixe autour de l’élément rayonnant en kevlar, et un tweeter en diamant synthétique, si linéaire qu’il ne nécessite qu’un filtre passe-haut à 6 dB par octave.

Grave : La réponse du registre grave des 800 D s’adapte au message musical, en conservant une définition optimale quels que soient le niveau d’écoute et le style de musique joué. Les notes tenues dans le bas du spectre du synthétiseur Moog de Jan Hammer sur le morceau « Darkness/Earth » sont diffusées avec une rare densité. Dans un autre style, les cordes pincées du Stick Chapman de Pascal Gutman sur son album Cascades sont exprimées avec profondeur, sans traînage.

Médium : On retrouve, sur cette enceinte de référence, l’un des fers de lance de la marque : la haute définition naturelle et vivante du registre médium, extrêmement détaillé, fouillé et exempt de coloration parasite. Le haut-parleur FST à membrane kevlar fait des merveilles grâce à son ouverture, sa précision et sa finesse. En effet, ce registre laisse transparaître la qualité des prises de son, notamment sur les voix et les petits détails qui recréent les ambiances. L’émotion non feinte dans la voix de John Martyn est presque palpable sur les morceaux autobiographiques de son album Grace and Danger.

Aigu : Le registre aigu se marie harmonieusement avec le médium, en le prolongeant dans le haut du spectre, sans transition audible. La sonorité de la 800 D respire la neutralité, d’autant plus que cette bande du spectre est à la fois précise, détaillée, voire joliment ciselée, sans jamais verser dans l’agressivité, pas plus que de générer des toniques. Les B&W donnent l’impression de filer très haut en diffusant les fréquences les plus élevées avec de très belles nuances et en haute définition.

Dynamique : Le haut de gamme de la série 800 possède un haut pouvoir d’analyse : ces enceintes sont douées d’une belle vivacité sur les écarts de niveau, sans pour autant dégrader le signal sur les pointes soudaines de modulation et sans verser dans la simplification sur les pianissimi. La différenciation des sources sonores et musicales participe de manière efficace à la reconstitution réaliste des formations orchestrales, y compris les plus complexes.

Attaque de note : Le côté percussif déjà évoqué dans le registre grave est renforcé par la rapidité d’établissement des notes dans le médium aigu. Ces 800 D font, en effet, preuve d’une rapidité impressionnante, libérant littéralement la richesse harmonique naturelle des enregistrements. On s’en aperçoit d’autant plus facilement lorsque l’on a eu la chance d’assister à certains d’entre eux.

Scène sonore : Le facteur d’enceintes britannique maîtrise chaque aspect de la conception des haut-parleurs et le respect de leur mise en phase. Outre la restitution des petits détails contribuant à l’authenticité du message sonore, ce soin tout particulier installe une mise en espace stable, cohérente et surtout proche des sensations que l’on perçoit lorsque l’on assiste à un concert. Les 800 D se distinguent par leur lisibilité sans faille. La retranscription de la scène sonore profite de leur excellent pouvoir d’analyse.

Transparence : Toutes les conditions étaient réunies pour constater la transparence des 800 D, à la suite des points de tests abordés dans ce qui précède : une absence de coloration des timbres, des haut-parleurs rapides, performants, musicaux, et une spatialisation d’une stabilité exemplaire, à l’intérieur de laquelle la focalisation des sources contribue également à cette retranscription du relief, cette finesse de tous les instants.  

Verdict

Ces B&W n’en finissent plus d’étonner tant leur restitution vivante ne laisse pas indifférent. Les 800 D présentent un habile équilibre entre matière sonore et finesse, entre densité et rapidité de réaction, dans une image en relief de toute beauté s’illustrant par un bel étagement des plans, grâce à des transducteurs d’excellente facture et à des mises en phase optimisées. On leur associera de préférence un amplificateur puissant (au moins une centaine de watts) et rapide, à même d’exploiter leurs performances et leur dynamique. L’investissement à prévoir rappelle que ces enceintes représentent la descendance directe de la Nautilus dont les grands principes techniques ont été appliqués à la série 800, et notamment à la 800 D, le haut de gamme. Cette B&W, valeur sûre, est tenue en haute estime tant chez les audiophiles exigeants que dans certains studios d’enregistrement mondialement connus, où l’on recherche aussi la meilleure qualité musicale possible.  

Fiche technique

Origine : Royaume-Uni

Prix à la paire : 22 000 euros

Dimensions (avec socle, sans les pointes) : 1 180 x 450 x 645 mm

Poids : 102 kg Réponse en fréquence : 32 Hz à 28 kHz (± 3 dB)

Sensibilité : 90 dB/1 W/1 m

Impédance nominale : 8 ohms (minimale : 3,1 ohms)

Fréquences de transition du filtre : 350 Hz et 4 kHz